Des témoins inpuissants…

Témoin impuissants  de la scandaleuse histoire contemporaine de l’Afrique.

L’histoire contemporaine de l’Afrique est de toute évidence un scandale. Un scandale devenu le quotidien de l’africain. Il n’étonne plus personne, puisqu’il est entré, malheureusement,  dans nos cultures, j’oserai dire qu’il coule dans l’être africain. Il est aujourd’hui très difficile de donner un nom spécifique à ce scandale. Car il prend diverses formes, différents visages selon que nous observons le domaine politique, économique, culturel et social.

Sur le plan politique la situation est catastrophique. Un constat triste et lamentable. Un tableau majestueusement scandaleux.  Que l’on le veule ou pas, l’on est obligé de le voir, de le remarquer par tout et en tout. Qu’on l’accepte ou non, le fait est là et toujours présent. En fait, il est par tout autour de nous, il occupe désespérément notre champ visuel,  de gré ou de force, il nous habite, entre dans nos mœurs, notre culture, agit sur nous et nous finissons par l’accepter comme tel et l’on se résigne, non pas par affection ou par conviction, mais tout simplement parce que nous sommes impuissants.

En effet, face à ce tableau sombre, le premier reflexe d’un esprit critique est sans doute la révolte. Il faut se révolter et changer cette malheureuse situation. Il faut changer le cours de l’histoire africaine, donner au continent africain une autre histoire. Une histoire moins triste, faite de paix et de bonheur, une histoire construite par le progrès technique, une histoire enfin démocratique. Un projet noble, certes, mais dans l’état actuel, sa réalisation est une pure utopie. En réalité, dès la naissance de ce désir, il se trouve confronté à une société silencieuse. Il doit affronter une mentalité «  bizarre »,  une société ignorante, qui a fatalement accepté les bévues des ses gouvernants comme un destin, un sort que nul ne peut changer, un sort contre lequel elle ne peut rien, sinon l’accepter seulement et l’implorer pour qu’il lui donne juste la chance de survivre, rien que survivre.

Ainsi, réduit à la recherche du minimum, beaucoup d’africain ont démissionné. Ils refusent de croire à toute possibilité du changement, surtout positif. En réalité, pour beaucoup, il ne sert à rien de se révolter, d’engager le combat de la véritable libération de l’être africain. Il s’agit de la libération de l’ignorance, de la mentalité passive et aliénée. Le combat capable aujourd’hui de libérer la majorité africaine plongée dans une religiosité inquiétante. En effet, l’esprit critique se trouve presque seul, en face d’une population profondément pieuse. Une société qui a confié toute sa cause à Dieu. Au fond, elle refuse d’affronter l’hostilité de ses dirigeants. Elle refuse de se croire capable, de prendre à bras-le-corps sa destinée, elle refuse de jouer sa part de note, celle qui lui revient de fait et de droit, elle décline son rôle, celui que personne d’autre ne peut jouer, celui que Dieu lui-même ne jouera certainement pas. Nous croyons, très profondément que Dieu ne viendra pas faire pour l’homme ce dont il rendu celui-ci capable dès sa création.  Au fond, qu’est-ce qu’être un croyant ? Un authentique croyant n’est-il pas un homme ou une femme conscient qu’il/elle est capable de …, parce que son créateur a fait de lui un co-créateur. Conscient qu’il est crée à l’image de son créateur, ce qui implique la liberté, la responsabilité et surtout l’obligation de se convaincre que son créateur a besoin de lui pour le rendre heureux, pour faire l’histoire, sa propre histoire et celle de toute la société. Au lieu d’une telle société, active et entreprenante, éveillée et consciente qu’elle doit transformer le cours de l’histoire et donner aux générations futures une histoire différente de la nôtre, l’esprit critique se trouve en face d’une société aliénée et ignorante. Au fond, c’est une société tourmentée par l’ampleur et la régularité des faits. Une société dépassée par les événements dramatico-tragiques qui jalonnent son quotidien, une société forcée à se croire incapable. Une société dont le dynamisme intérieur a été sauvagement et froidement meurtrie par un monstre : l’Etat. Dans Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche ne dit-il pas ceci : « L’Etat c’est le monstre froid de tous les monstres. Il ment froidement. Et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : moi l’Etat, je suis le peuple : c’est un mensonge. (…) ils sont des destructeurs ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un Etat ». Par ailleurs, c’est un peuple mutilé par le mensonge outré de ses gouvernants. Nietzsche voyait déjà dans l’Etat la parfaite représentation du mensonge. Il le disait ainsi : « l’Etat ment dans toutes ses langues du bien et du mal. Et dans tout ce qu’il dit il ment. Et tout ce qu’il a il l’a volé. Tout en lui est faux ». C’est bien à ce moment que notre société démissionna, abandonna la lutte et n’attend plus que  « son dieu », l’invoque incessamment pour qu’il mène le combat du grand changement à sa place, que « son dieu change le cours de l’histoire » et fasse advenir « le grand soir du bonheur » le soir où  tout ira merveilleusement bien pour tous. Ce sera le soir du grand miracle. Le soir où l’argent tombera du ciel pour les bons, surtout ceux qui ont choisi pour domicile, les Eglises, les lieux de culte et autres. Le soir où l’on ramassera les sacs de riz, de viande, de chigwangue, du baton, de toutes sortes de nourriture que l’on désire sans avoir travaillé. C’est encore le soir où les malades guériront sans aucun soin médical. Si pour le marxisme, ce soir devrait être le résultat de la lutte ardue des prolétaires contre la bourgeoisie, pour la majorité des populations africaine, ce soir sera le fruit de la croyance. Ce nouveau monde sera construit par « leur dieu le moment venu ».

 Au fond, nous sommes en face de différentes affirmations toutes désastreuses pour l’homme. D’un côté, nous avons la majorité de la population qui n’hésite plus, au seuil ou à l’extrême fond de la pauvreté, manquant de tout, même du minimum pour survivre, à dire «  Avec papa Yahvé j’ai tout. Si je vis dans cette misère même inhumaine, c’est Dieu qui l’a voulu. C’est le destin, la volonté de l’Eternel de toute façon ». Voilà l’image qu’ils ont de Dieu, un Dieu ravitailleur. Celui qui donne tout, apporte tout. Et de l’autre côté, nous avons les dictateurs, les fautifs de la souffrance du peuple. Ils sont craints et redoutés par tous. Parce qu’ils sont violents, ne négocient jamais, car la diplomatie n’est pas leur point fort. Plus étonnant encore, beaucoup de ses dictateurs sanglants que sont os gouvernants choisissent la loi du silence, gouverner dans le silence. Les quelques rares fois où ils sortent momentanément du silence voilà les propos scandaleux que l’on peut entendre : «  Jamais ce pays sans moi », « sans moi c’est le chaos », ou pire encore « Je suis le prophète envoyé par « dieu » pour mon peuple ». C’est bien eux que Nietzsche critique avec raison dans Ainsi parlait Zarathoustra, lorsqu’il parle de l’Etat en ces célèbres termes : «  Il n’ya rien de plus grand que moi sur la terre. Je suis le doigt ordonnateur de dieu, ainsi hurle le monstre » Où a-t-on vu des prophètes méprisants de la vie humaine, méprisants des lois divines et civiles ?  Voilà le scandale, scandale parce que les premiers à proclamer que sans eux c’est le chaos sont les seuls, qui refusent de voir qu’ils sont le chaos eux-mêmes, et qu’ils sont auteurs du chao pathétique dans lequel  sont plongés leurs peuples. Un chaos suicidaire. Ils ont chacun immergé leur pays dans des gouffres inqualifiables.

Catégories : ACTUALITE, paradoxe, Philosophie | Poster un commentaire

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