Archives quotidiennes : 7 octobre 2013

« Le travail permet-il de prendre conscience de soi ? »

Le corrigé en Philosophie sujet 2, Bac S :

Problème : le travail, c’est d’abord le labeur auquel nous sommes tous soumis en tant qu’animal soumis au processus vital et aux mêmes besoins (qui ne nous distinguent pas les uns des autres) mais le travail, c’est aussi le fait de transformer la matière ou un donné pour produire quelque chose, faire un ouvrage, une œuvre pouvant être en accord avec nos désirs (qui eux sont censés nos appartenir et définir). A travers celle-ci, on peut peut-être se reconnaître. C’est en tout cas la thèse classique de Hegel dans la fameuse dialectique du maître et de l’esclave ou de Marx qui fait du travail, le propre de l’homme.

Ce sujet invite donc à penser les apports du travail en d’autres termes que celui du salaire ou du gain, sur la place du travail : est-ce seulement un moyen de gagner sa vie ou de la réaliser en prenant conscience de soi à travers lui? L’article indéfini « le » invite aussi à s’interroger sur la réalité du travail : si le travail peut être le cadre d’une prise de conscience de soi, est-ce le cas pour tout travail?

L’homme prend conscience de soi en dehors du travail.

Prendre conscience de soi, c’est se savoir être une seule et même personne et un individu distinct des autres ayant une identité définie par des éléments objectifs et subjectifs.

Le travail est une activité plus ou moins pénible de production directe ou indirecte d’une réponse à nos besoins. Le travail nous rappelle que nous sommes TOUS des animaux (ayant des besoins) PROMETHEENS (inadaptés et devant transformer le donné naturel pour survivre. Le travail ne permet pas ici une prise de conscience de notre individualité, il nous renvoie plutôt à notre condition humaine, à une des limites a priori qui esquissent notre situation en tant qu’homme (au milieu des autres, mortel et au travail selon Sartre).

On prend plutôt conscience de soi dans une introspection rendue possible après le travail qui peut être divertissement au sens de Pascal (fuite de soi) et qui est une occupation de l’esprit et des mains empêchant de penser à soi. On se retrouverait après le travail et dans des activités qui nous relèveraient du loisir (Antiquité : le travail est une activité indigne d’un homme libre)

Le travail comme LABEUR nous noie dans la masse industrieuse des hommes et on ne peut, semble-t-il, se réaliser et réaliser qui on est qu’en dehors du travail.

Le travail comme cadre d’une œuvre et prise de conscience de soi.

Le travail peut être lieu de prise de conscience et de réalisation de soi, s’il y a œuvre. C’est la thèse de Hannah Arendt et de Hegel.

Le travail permet de s’inscrire en tant qu’homme et individu face à soi dans le monde, si dans l’animal laborans, il y a homo faber, si le fruit du travail, l’ouvrage n’est pas immédiatement dissous dans le processus vital de consommation. Nos œuvres portent notre marque personnelle, elles sont un reflet de nous face à nous, devant nous. On s’affirme comme homme et individu face à soi et aux autres.

Cette exposition de soi face aux autres permet aussi la prise de conscience de soi, via leur jugement.

On pourrait dire que le travail est aussi l’occasion d’une découverte de soi par expérience. On découvre qui on est en faisant, en étant confrontant à certaines difficultés ou choix.

Mais pour que cette prise de conscience ait lieu

– encore faut-il qu’il y ait œuvre et donc absence d’aliénation du travail ( cf: analyse de Marx), et que la productivité n’empêche pas originalité et créativité

– encore faut-il que l’individu ne soit pas noyé dans une société uniforme que peut produire le travail comme labeur, qui est selon Nietzsche « la meilleure des polices » tuant toute liberté, individualité et réduisant le travailleur à un consommateur.

– encore faut-il que le travail ne soit pas présenté comme le seul lieu de réalisation de soi, sous la forme d’un diktat social. Le travail peut être le cadre d’une prise de conscience et de réalisation de soi mais ce n’est pas le seul. La prise de conscience de soi peut commencer par la prise de conscience de cette pression sociale, de ce « courant social » qui peut empêcher d’être soi.

Source: http://www.letudiant.fr

Catégories : Philosophie, Sujets de langue française | Poster un commentaire

Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique ?

Bac 2013 – Série S – SUJET 1 : Peut-on agir moralement sans s’intéresser à la politique ?

Problème : la morale relève de la question du Bien et du Mal et concerne l’individu et ses actions. La politique concerne, elle, la vie de Cité et l’espace publique, le permis et l’interdit au regard de la loi. On distingue en général moral et légal, la justice comme ordre social et comme ordre moral, et la morale est souvent présentée comme ce qui doit prendre le relais d’un légal insuffisant ou l’interroger. Donc morale et politique semblent être deux domaines distincts. Ce sujet difficile exige donc de penser cette distinction et de la penser au rebours de ce qui est souvent vu en cours. En somme, le sujet invite à se demander si on peut être démissionnaire au plan politique (ne pas être un citoyen vigilant, intéressé et actif) et être suffisant au plan moral ? Est-ce que je peux être moral si je ne suis pas un bon citoyen ? (alors qu’en cours on se demande plutôt souvent s’il suffit d’être un bon citoyen pour être moral?)

I. On peut semble-t-il agir moralement sans s’intéresser à la politique : la morale relève de la sphère privée et la politique de la sphère publique

La politique, c’est ce qui concerne la vie de la Cité et sa gouvernance dans le sens de l’intérêt général, elle nous concerne en tant que citoyen face à nos concitoyens. La morale concerne, elle, nos actes en tant que sujet et individu face à toute personne. Je peux agir moralement au quotidien avec mes proches et prochains, sans pour autant m’intéresser à la question politique. La morale relève de la sphère privée, de l’universel. J’ai des devoirs en tant qu’homme et par delà les frontières de mon État.

On peut considérer que la politique est même un domaine où la morale n’a pas sa place : on peut penser au Prince amoral de Machiavel, au fait que l’intérêt général et le maintien de la société exigent parfois des actes, des sacrifices discutables du point de vue moral. La politique concerne la légalité et l’extériorité de mes actes pour ne pas nuire à autrui, la morale concerne, elle, leur légitimité et les intentions, avec le souci de l’autre.

II. On peut cependant considérer que la politique relève en partie de la sphère morale :

Cette distinction politique/morale est moderne : pour les philosophes de l’Antiquité, la Cité a pour but la réalisation du Bien. La Kallipolis de Platon est semblable à l’âme bien ordonnée conduite par la Raison, contenant les appétits. Donc l’enjeu de la politique est aussi le Bien et pas seulement l’ordre. Donc s’intéresser à la politique, ce serait s’intéresse à la réalisation, à l’avènement du Bien ( même si cette vision de l’État est discutable). Ce souci politique est aussi un souci moral.

On peut penser que ne pas s’intéresser à la chose politique, c’est en quelque sorte prendre le risque de laisser persister ou devenir ce que la morale condamne. L’engagement politique est alors un engagement moral.

Être moral, c’est être libre et responsable. Pour Kant, c’est agir conformément aux deux impératifs catégoriques du respect de la personne humaine en soi et en l’autre (ne pas s’intéresser à la politique, c’est en quelque sorte se réduire à un moyen et laisser en partie d’autres décider de nos fins, même si on reste libre de suivre ou pas les projets de notre société et ses valeurs) et de l’universalité de la maxime (on ne peut se donner pour loi de ne pas s’y intéresser car on ne peut vouloir une démission générale). Donc s’il peut y avoir un confort dans ce désintérêt, il peut être moralement condamnable.

Ce désintérêt croissant est ce qui menace les démocraties selon Tocqueville avec le repli sur la vie privée, le matérialisme et l’individualisme auquel on pourrait ajouter une certaine défiance vis à vis du politique aujourd’hui. Cet individualisme aveugle aux autres pourrait même devenir le sol d’un égoïsme, de l’immoralité.

III. Être moral exige plus q’un simple intérêt pour la politique, il exige une action politique!

S’il ne suffit pas d’être un bon citoyen pour être moral, être moral inclut de remplir son rôle de citoyen actif et vigilant (« obéir en résistant, c’est tout le secret » disait Alain.)

Participer à la vie politique, c’est participer à la vie de la communauté, avoir le souci de l’intérêt commun, c’est ce à quoi invite en un sens la morale (même si elle va au-delà). Cela peut être fait en exerçant le pouvoir politique mais aussi en participant au tissu associatif, ce que suggérait déjà Tocqueville pour renouer avec la vie publique.

En un sens chaque acte moral est un acte citoyen et donc politique, même s’il va à l’encontre des lois ou au-delà des lois.

Source: http://www.letudiant.fr

Catégories : Philosophie, Sujets de langue française | Poster un commentaire

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :