Amadou Haya Sanogo: Bientôt la fin d’un règne, celui de la bêtise….

Lettre aux putschistes 

Messieurs,

Le matin du 22 mars 2012, en réveillant les maliens de leur sommeil, vous disiez libérer le Mali d’une classe dirigeante incompétente. Le président ATT, à un mois de la fin de son manda est jugé, par vous, comme un homme incompétent, mou, incapable de sauver le Mali de la guerre du Nord, incapable de faire face aux Touaregs qui avancent et recherchent l’indépendance de l’Azawad. Vous avez crié que votre seul objectif était de sauver l’intégrité du Mali : Le Mali est un peuple indivisible, et vous êtes précisément là pour sauvegarder cette unité nationale, disiez-vous

Messieurs les Guerriers,
il semble que vous retournerez dans les casernes, vous avez décidé de laisser au peuple la gestion de ses affaires : une décision sage, je crois. De toute façon vous n’avez aucun autre choix que celui-là. Car, en toute vérité c’est la seule et unique porte de sortie,  encore louable, qui s’ouvre devant vous, mes chers Guerriers. Mais ne partez pas aussitôt, une dernière chose reste à faire : évaluons vos 15 jours de « règne ». En venant, vous aviez des objectifs, il est donc important de faire le point, de vous évaluer et de vous attribuer, à votre tour, une note.
– Je peux me tromper, mais je crois que vous êtes venus pour me mettre fin à la rébellion, mettre de l’ordre dans la maison,  mater les Touaregs, mettre en déroute Mossa Ag Attaher et sa troupe.
– Défendre l’unité, l’indivisibilité du territoire malien. L’Azawad est une partie intégrante du Mali, et il le sera toujours grâce à vous, à votre sens de la défense,  à votre savoir guerrier et à votre volonté et votre détermination.
– Plus de dialogue, plus de négociation : c’est de l’incompétence, c’est « féminin », diriez-vous. Il faut agir, il faut changer de stratégie. Il convient désormais d’appliquer votre méthode : répondre militairement et surtout de façon efficace et compétente.
Qu’avez-vous réalisé de tout cela ? Rien du tout ! votre règne est un échec. Vous avez lamentablement échoué en tout et pour tout.  Depuis le 22 Mars 2012, lorsque j’appris votre arrivée, j’ai sursauté en disant : «  voilà une bêtise, une pure bêtise ». En réalité, vous partez, mais vous laissez derrière vous la merde, une situation encore plus complexe et chaotique qu’avant. Au lieu de supprimer la rébellion comme vous le prétendiez, vous avez laissé à cette dernière l’opportunité d’avancer royalement, de marcher royalement sur des villes maliennes, sans résistance aucune. En trois jours, seulement trois petits jours, 72 heures seulement ils ont réalisé leur dessein : conquérir le Nord Mali et proclamer l’indépendance ce l’Azawad. Ce qu’ils ont réalisé ce vendredi 06 Avril 2012. Une indépendance recherchée il y a une vingtaine d’année. Vous étiez passés  où quand cette rébellion avançait, tirait sur leurs propres frères, déracinait des hommes, des femmes et des enfants à leur terre, leur culture et leur tradition ?  Où étiez-vous passés quand les rebelles condamnaient leurs frères, leurs frères et sœurs à prendre la route de l’exil, à devenir des réfugiés ?
Messieurs, les putschistes, vous n’avez pas échoué, non ! Mais vous êtes, si je peux me le permettre : vous êtes l’échec, « l’échec en-soi », l’exemple même qui représente le mieux en image, le concept de l’échec.
A vous avez promis au peuple la défense de l’unité de son territoire, mais hélas ! Mossa Ag Attaher et ses hommes viennent de proclamer l’indépendance de l’Azawad, autrement dit, la division du Mali, la « déunité » du territoire malien : un autre échec. Vous n’êtes même pas arrivés au front, aucune contre-attaque, juste quelques discours bricolés et lus à la télévision, juste le temps d’enfoncer votre propre pays dans le gouffre, juste le temps de réduire à néant ce que le peuple malien a construit avec courage, persévérance et patience depuis 21 ans : la démocratie, la stabilité, la cohésion interne et la paix. Vous avez tout détruit, vous avez remis le compteur à zéro, vous avez ralenti le peuple malien dans sa marche vers l’avenir, un avenir pourtant prometteur.

Si ATT et son gouvernement étaient incompétents, au moins ils ’étaient sages, ils étaient réfléchis. Que dire ce vous, capitaine Amadou Sanogo, vous et vos hommes, très sincèrement vous n’êtes que des aventuriers, des attardés, de petits voyous ignorants incultes et insensés.
Vous savez, je vous propose une autre porte de sortie : celle de la fierté. Allez demander aux griots du Mandingue de vous relater l’histoire des grands guerriers du mali, l’histoire de grands empires qui font encore la fierté du peuple malien. Que ces grands orateurs, gardiens de la tradition et de l’histoire ancienne, vous raconte la vie de Soundjata, fondateur de l’empire du Mali au XIIIè siècle, aujourd’hui encore chanté comme le père de l’esprit malien, Kankan Moussa, le fastueux empéreur qui s’est imposé bon gré mal gré  aux européens et arabes du Moyen Age, Sonni  Ali Ber, fondateur du dernier des grands  empires, démantelé  à la fin du XVIè siècle, El Hadji Ouamr Tall, bras d’Allah, grand conquérant,  la vie de Samory Touré, le dernier et le plus irréductible des résistants contre la colonisation. Auriez-vous assez de courage, comme Samory Touré,  d’aller affronter cette rébellion, même au prix de votre vie, cette rébellion que vous avez désormais rendu puissante par votre imprudence et votre imprévoyance ? auriez-vous encore un peu d’honneur et de fierté pour aller au front au lieu d’aller vous installer dans une caserne attendant, que l’on vous approuve et vous proclame ?
Le vrai soldat meurt dignement sur le champ de la bataille. Et vous M. Sanogo, vous et vos hommes, à quelle catégorie appartenez-vous ?

Théra

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Catégories : ACTUALITE, Ouvertures, paradoxe, Philosophie | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “Amadou Haya Sanogo: Bientôt la fin d’un règne, celui de la bêtise….

  1. Aujourd’hui je me décide enfin de réagir à votre commentaire M. BETHEUZE. Au fond, chaque fois que je le relisais je ne savais pas par ou commencer, car, la fin de votre commentaire pouvait faire naître l’espoir. L’espoir d’une résolution certaine de la crise malienne. Un espoir que ma lettre refusait d’imaginer, d’où le ton assez amer et sec. Il est vrai qu’à un certain moment, surtout quand le capitaine Sanogo a décidé de jeter l’éponge, l’on ^pouvait penser à une marche vers une certaine solution. Mais l’heure où nous sommes, cet espoir n’est plus qu’une utopie. Car, visiblement le mali va encore s’enfoncer devant nos yeux impuissants dans la crise: pendant que les Touaregs et le mouvement islamique s’unissent pour former un seul groupe, et envisage créer l’État de L’Azawad, dont la loi sera la charia: un État islamique donc, la classe politique se déchire sur des questions banales, à la limite insensées. Certains réclament la démission de Diouncounda, et demande le retour de sanogo. La question c’est à quelle moment feront-ils face à la question cruciale: La reconquête de l’Azawad ? L’amnistie accordée au capitaine et sa troupe n’était-il pas prématurée ?

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  2. betheuze

    Lettre très polémique.
    Je comprends que l’identité est multiple et dynamique.Si je me permettais de faire une lecture de ce texte avec certaines grilles de lecture ,on ne retrouvera nulle part le prélat avec le sens du pardon.Ils ont échoué .C’est indéniable.Mais le ton est très dur.Votre lettre ressemble à une déclaration de guerre.Raison pour laquelle je la qualifie de polémique.Au Mali ces  » putschistes » n’ont fait que quelques jours au pouvoir meme s’il est vrai que cela a permis aux rebelles touaregs de faire en quelques jours le travail d’une antilope réalisé par la tortue.Que dire du Burkina faso ou la revolution avait été entérée.Tout est encore possible pour le peuple malien.Voici des hypothèses:
    -Si sarkorzy et ATT n’ont pas crée ce simulacre de coup d’Etat pour permettre aux rebelles de progresser,le peuple malien pourra s’organiser pour mettre les rebelles hors d’état de nuire.Car aucun pays ne reconnaitra leur indépendance.En moins que la cédéao ,l’ua l’onu prennent des positions divergentes comme en Lybie.
    -Si le président de l’assemblée n’avait pas un role caché dans cette crise comme ouattara dans la guerre ivoirienne.Car ne nous trompons pas les militaires sans idéologies et sans mentors ne prennent jamais le pouvoir.L’armée au pouvoir est toujours téléguidé soit par les hommes politiques internes ou externes .Mobutu ne pouvait pas combattre Lumumba.Sassou à lui seul ne pouvait combattre Lissouba
    Rien n’est perdu .Seul l’avenir nous dira.

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