L’Art.

L’ART OU LA TEKHNE[1] COMME L’INCONTOURNABLE CREUSET DU PROGRES DE LA TECHNOLOGIE. REFLEXION SUR LA TECHNOLOGIE COMME ‘‘PROJET INACHEVE’’ DE L’ACTIVITE HUMAINE.5

Le présent article se veut une réflexion sur l’« art » comme fondement du progrès de la technologie dans l’histoire des sciences.  Comprise sous cet angle, la technologie restera un « projet inachevé » de l’activité humaine, parce que l’art trouve son origine dans l’homme en tant que sujet pensant et se manifestant soi-même comme activité réfléchie dans les choses extérieures qu’il conçoit (Hegel), choses qui constituent l’œuvre technologique (inventions et découvertes scientifiques). 

 

This present article wants a reflection on the “art” as foundation of the progress of technology in the history of sciences.  Understood in this angle, the technology will rest “unfinished project” the human activity, because of art finds its origin in man as a thought subject or a thinking subject and the subject that manifest by itself like thoughtful activity in the things exterior that it conceive(Hegel), things which constitute the technological works( invention or scientific discoveries).

Este artigo é uma reflexão sobre a arte como fundamento do progresso da tecnologia na história  das ciências. Compreendida neste óptica, a tecnologia permanecerá um “ projecto inacabado” da actividade humana porque a arte encontra a sua origem no homem enquanto sujeito pensante e que se manifesta si mesmo como actividade reflectida  nas coisas exteriores que ele concebe ( Hegel), coisas que constituem a obra tecnológica (inveções e desbertas científicas).

Introduction

 

L’histoire de l’évolution de la science, vue dans le contexte de la technologie depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, atteste que la fonction principale de la science est de répondre aux besoins de la vie de l’homme.  La santé, les moyens de transport, les communications, etc. sont aujourd’hui inconcevables sans la science et la technologie.  C’est dans ce sens que nous pouvons dire que la science concourt à l’amélioration des conditions matérielles, et partant à la qualité de la vie[2].

Dès lors, il faut dire que la résolution des problèmes vitaux de l’homme grâce à la science et la technologie, à travers l’histoire, s’est réalisée dans un mouvement d’ « essais et erreurs » (Karl Popper) manifesté dans l’activité intellectuelle même de l’homme de science, mouvement qui explique aujourd’hui le progrès de la technologie, mieux l’inachèvement du projet de la technologie dans le monde.

A ce niveau, la question qu’on est en droit de se poser est celle de savoir l’élément-moteur qui justifie la cause, la raison d’être du « progrès technologique » dans l’histoire des sciences, au point que certains philosophes postmodernes, comme Hans Jonas, ont qualifié parfois cette évolution de vide éthique, de ténèbres de la raison qui s’abattrait sur l’humanité, ténèbres où l’artificiel prend le pas sur le naturel, l’Etat (polis) sur la nature, l’homo fabersur l’homo sapiens[3].  La réponse à cette interrogation est claire : c’est l’ « art » qui en est la cause.  Car, l’art est une création de l’esprit, mieux de la raison entendue comme ce qui fait que l’homme pense et même s’extériorise par ce qu’il conçoit.

Mais il s’agit de l’art comme science du beau, mieux del’esthétiquequi a pour objet le vaste empire du beau. Son domaine est surtout le beau dans l’art, dans les œuvres d’art. Pour employer l’expression qui convient le mieux à cette science, c’est la philosophie de l’art et des beaux-arts[4].

 Dans cet article, la beauté artistique entendue comme l’harmonie réalisée[5] dans une image visible (œuvre d’art) est comprise dans le sens de la « capacité à résoudre les problèmes de la vie » qui est la « finalité » d’inventions qui préside à l’activité même des hommes de science afin de promouvoir leur génie créateur dans le domaine de la technologie. Ici, l’œuvre d’art est considérée comme l’œuvre technologique (les machines et les appareils techniques dans le sens d’une découverte scientifique), l’artiste comme l’homme de science technologique.  Car, la technologie est bel et bien l’étude des techniques des métiers (la médecine, l’architecture, la maçonnerie, la menuiserie, la forge, etc.), mieux une science pratique qui se rapporte au « faire », c’est-à-dire à l’action que l’homme exerce sur la nature telle qu’il peut la modeler, la façonner, la transformer  et par laquelle il crée ou confère des formes nouvelles à la matière.

D’un point de vue plus englobant en effet, en disant que la technologie concerne l’état de l’art dans tous les domaines des savoir-faire pratiques et d’utilisation des outils, nous voulons mettre dans cet article, pour ainsi dire, l’homme de science technologique au centre de notre réflexion afin de rendre compte du progrès de la technologie dans le contexte de l’activité de recherche elle-même, activité liée à l’exercice de la pensée, de l’imagination qui enfante l’œuvre technologique entendue comme l’ensemble des inventions mécaniques et des découvertes scientifiques.

L’itinéraire de la réflexion que nous nous proposons de suivre, dans cet article, partira d’une considération sur  le « principe et origine de l’art ou de la tekhnè » (I), en passant par le « rapport entre les qualités de l’artiste et le progrès  de la technologie » (II) pour finir par « Nécessité pour toute action technologique aujourd’hui : L’éthique en question » (III).

I. Principe et origine de l’art ou de la tekhnè

 

Chez Hegel, il est clair que le principe d’où l’art tire son origine est celui en vertu duquel l’homme est un être qui pense, qui a conscience de lui, c’est-à-dire qui non seulement existe, mais existe pour lui. Être en soi et pour soi,se redoubler sur soi-même, se prendre pour objet de sa propre pensée et par là se développer extérieurement comme activité réfléchie, voilà ce qui constitue et caractérise l’homme, ce qui fait qu’il est un esprit qui crée, donc qui se matérialise[6].

Or, cette conscience de soi-même, l’homme l’obtient de deux manières, l’une théorique,l’autre pratique ; l’une par la science, l’autre par l’action. Par la science, lorsqu’il se connaît en lui-même dans le développement de sa propre nature (le ‘‘je pense’’), ou se reconnaît au dehors dans ce qui constitue l’essence ou la raison des choses.   Par contre, par l’activité pratique, lorsqu’un penchant le pousse à se développer à l’extérieur, à se manifester dans ce qui l’environne, et aussi à s’y reconnaître dans ses œuvres. Il atteint ce but par les changements qu’il confère, mieux, qu’il fait subir aux objets physiques, qu’il marque de son empreinte, et où il retrouve ses propres déterminations. Ce besoin revêt différentes formes, jusqu’à ce qu’il arrive au mode de manifestation de soi-même, dans les choses extérieures, qui constitue l’art[7]. Tel est le principe de toute action et de tout savoir. L’art trouve en lui son origine nécessaire.

A ce niveau,  il ne serait pas juste si l’on passait inaperçue toute la contribution de Kant sur l’aspect théorique et pratique de la raison dans le processus de la connaissance.   Il faut dire que c’est Kant qui, le premier, a senti le besoin de cette réunion, l’a connue et même exposée, mais d’une manière extérieure, sans pouvoir en développer scientifiquement la nature, ni en établir les conditions. Le caractère absolu de la raison se trouve danssa philosophie, mais comme il retombait dans l’opposition du subjectif(connaissance à posteriori) et de l’objectif (connaissance à priori),et plaçait d’ailleurs la raison pratique au-dessus de la raison théorique[8],ce fut lui principalement qui érigea l’opposition qui éclate dans la sphère morale en principe suprême de la moralité.

Dans l’impossibilité de lever cette contradiction, il n’y avait qu’une chose à faire, c’était d’exprimer l’union sous la forme des idées subjectives de la raison, ou comme postulat à déduire de la raison pratique, sans que leur caractère essentiel puisse être connu, et que leur réalisation soit autre chose qu’un simple doit être s’ajournant à l’infini. Ainsi, dans la morale, l’accomplissement du but des actions reste un simple devoir.

Dans le jugement téléologique appliqué aux êtres vivants, Kant arrive au contraire à considérer l’organisme vivant de telle sorte que l’idée, le général,renferme en même temps le particulier,et, comme but, le détermine. Par conséquent aussi, il détermine l’extérieur, la composition des organes, non par une action qui vient du dehors, mais de l’intérieur. De cette manière, sont confondus dans l’unité le but et les moyens, l’intérieur etl’extérieur,le général et le particulier.Mais ce jugement n’exprime toujours qu’un acte subjectif de la réflexion, et ne fait pas connaître la nature de l’objet en lui-même. Kant comprend de la même manière le jugement esthétique. Ce jugement ne provient, selon lui, ni de la raison comme faculté des idées générales, ni de la perception sensible, mais du jeu libre de l’imagination.Dans cette analyse de la faculté de connaître, l’objet n’existe que relativement au sujet et au sentiment de plaisir, ou à la jouissance qu’il éprouve[9].

Cependant, il faut observer que, dans cet article, nous allons radicaliser ce libre jeu de l’imagination intervenant dans le processus de la connaissance, mieux dans la création d’une œuvre artistique, en montrant qu’il dépend en fin de compte de la synthèse des éléments de la raison avec ceux de la nature, car toute conscience est toujours conscience de quelque chose (Husserl).  Est ainsi aboli ici, le dualisme qui postule un sujet et un objet, une intériorité close sur elle-même (la conscience) avec un contenu et une extériorité (l’objet) qui lui fait face. Du coup, on ne peut dissocier conscience et monde dans le processus de la connaissance. Celui-ci n’existe pas indépendamment de la conscience qui le vise et le constitue comme un monde. Je ne suis pas le créateur du monde mais je peux lui donner un sens[10], et donc, je peux le modifier dans la mesure où je peux lui faire subir des changements en agissant sur lui par l’action.

Or, cet effort de synthèse rationnelle relève du génie de l’artiste sans lequel il sera impossible d’enfanter l’œuvre d’art, et ce, de rendre compte du « pourquoi du progrès de la technologie » à travers l’histoire des sciences.  Examinons maintenant cette question du progrès de la technologie en rapport avec les qualités dont l’artiste est censé avoir, qualités à considérer en termes de génie artistique sous trois faces principales, à savoir : imagination, génie/talent, inspiration.

II. Rapport entre les qualités de l’artiste et le progrès de la technologie

 

Penser la technologie comme ‘’projet inachevé’’[11] de l’activité humaine dans un contexte de progrès technologique, c’est tenir compte du fait que l’art est et restera une création de l’esprit, mieux de la raison.   Même si, à un certain moment de l’histoire, on aura pour impression qu’on s’approche d’un « état stationnaire » de la science considéré comme une « loi planétaire », il faut souligner que, même dans ces conditions, le progrès entendu comme l’évolution de la technologie sera toujours à l’œuvre.   Car, en tout lieu et en tout temps, l’intelligence des hommes de science technologique (la raison des ingénieurs inventeurs) sera toujours en éveil et cherchera à tout prix à résoudre les problèmes de la vie humaine.

Dans ce sens, il faut dire que cette expression d’« état stationnaire » ne devait pas être entendue  dans un sens absolu ; elle serait fausse, parce qu’il y aura toujours quelque emploi utile, mais d’une utilité  moindre, pour les nouvelles applications de la science technologique.   Encore faut-il souligner le fait que cette expression « état stationnaire » est vraie dans un sens relatif qui veut dire cet état ne comporte que des améliorations de détail, lentes et médiocres, au lieu de ces soudaines, générales et prodigieuses applications des grandes découvertes scientifiques comme celles que nous avons eues au siècle de Copernic avec l’héliocentrisme, de Watt avec la machine à vapeur, d’Albert Einstein avec la théorie de la relativité restreinte, etc.

Dans cette logique, l’on comprend que le progrès de la technologie a pour fondement l’homme même de science, mieux la raison de l’artiste sous son aspect de génie, mais un génie qui est à la fois imagination, talent/génie et inspiration chez Hegel.  Telles sont les qualités de l’artiste qui expliquent le pourquoi du « progrès de la technologie » à travers l’histoire des sciences.   Pour l’heure, mettons en évidence d’une manière spéciale ces qualités de l’artiste.

II.1. De l’imagination

 

On doit se garder de confondre ici l’imagination (Phantasie)avec la capacité purement passive de percevoir et de se rappeler les images (Einbildungskraft). Car, l’imagination est créatrice.  Chez Hegel, ce pouvoir de créer suppose d’abord un don naturel, un sens particulier pour saisir la réalité et ses formes diverses, une attention qui, sans cesse éveillée sur tout ce qui peut frapper les yeux et les oreilles, grave dans l’esprit les images variées des choses, en même temps la mémoire qui conserve tout ce monde de représentations sensibles. Aussi, l’artiste ne doit pas, sous ce rapport, s’en tenir à ses propres conceptions, il doit quitter cette pâle région que l’on appelle vulgairement l’idéal, pour entrer dans le monde réel[12].

Il faut dire que c’est dans les inépuisables trésors de la nature vivante et non dans les généralités abstraites que l’artiste doit prendre la matière de ses créations.   Pour Hegel, il n’en est pas de l’art comme de la philosophie : ce n’est pas la pensée pure, mais la forme extérieure du réel qui fournit l’élément de la production.   L’artiste doit donc vivre au milieu de cet élément.   Il faut qu’il ait beaucoup vu, beaucoup entendu et beaucoup retenu[13].

Mais pour Hegel, l’imagination ne se borne pas à recueillir les images de la nature physique et du monde intérieur de la conscience.   Pour qu’un ouvrage d’art soit vraiment idéal, il ne suffit pas que l’esprit, tel que nous le saisissons immédiatement en nous, se révèle dans une réalité visible ; c’est la vérité absolue, le principe rationnel des choses qui doit apparaître dans la représentation. Or, cette idée qui fait le fond du sujet particulier que l’artiste a choisi, non seulement doit être présente dans sa pensée, l’émouvoir et l’inspirer, mais il doit l’avoir méditée dans toute son étendue et sa profondeur.  Car sans la réflexion, l’homme ne parvient pas à savoir véritablement ce qu’il renferme en lui-même. Aussi remarque-t-on dans toutes les grandes compositions de l’art que le sujet a été mûrement étudié sous toutes ses faces, longtemps et profondément médité. D’une imagination légère il ne peut sortir une œuvre forte et solide[14].  Parce que le rôle de l’imagination se borne à révéler à notre esprit la raison et l’essence des choses, non dans un principe ou une conception générale, mais dans une forme concrète et dans une réalité individuelle.

Comme tel, ce don naturel, cette capacité de s’intéresser à tout, de saisir le côté individuel et particulier des choses et leurs formes réelles, aussi bien que la faculté de retenir tout ce qu’on a vu et observé, est la première condition du génie.

II.2. Du talent et du génie

Dans l’entendement hégélien de l’esthétique, ce qu’on appelle le talent, le génie, c’est  cette activité productrice de l’imagination, par laquelle l’artiste représente une idée sous une forme sensible dans une œuvre qui est sa création personnelle[15].

On a coutume d’établir une distinction entre le génie et le talent,et en réalité l’un et l’autre ne sont pas immédiatement identiques, quoique leur identité soit nécessaire pour la parfaite création artistique. En effet, l’art, parce qu’il doit revêtir ses conceptions d’une forme individuelle et les réaliser dans une manifestation sensible, réclame pour chaque genre particulier une capacité particulière.On peut appeler une pareille disposition le talent. Ainsi, l’un a un talent par lequel il excelle à jouer de tel instrument de musique, un autre est né pour le chant, etc. Néanmoins le simple talent, renfermé dans une aussi étroite spécialité, ne peut produire que des résultats d’une habile exécution. Pour être parfait, il exige la capacité générale pour l’art et l’inspiration, que le génie seul peut donner. Le talent sans le génie ne va pas au-delà de l’habileté[16].

Le talent et le génie, dit-on ordinairement, doivent être innés dans l’homme. Cette opinion a un côté vrai ; mais, sous un autre rapport, elle n’en est pas moins fausse.  Car l’homme, comme tel, est aussi né pour la religion, la réflexion et la science.  En d’autres termes, l’homme a la faculté de s’élever à l’idée de Dieu et d’arriver à la connaissance scientifique des choses.  Il n’a besoin pour cela que d’être né et d’avoir été formé par l’éducation et l’étude.

Mais pour Hegel, il en est autrement pour l’art.  Celui-ci exige une disposition toute spéciale dans laquelle un élément qui ne relève que de la nature joue un rôle essentiel.  La création artistique renferme donc, comme l’art en général, un élément qui appartient à la nature, et cet élément, c’est celui que le sujet ne peut tirer de sa propre activité : il doit le trouver immédiatement en lui-même. Dans ce sens seulement on peut dire que le génie et le talent doivent être innés[17].  Mais ces derniers n’ont pas d’effet sans l’inspiration qui doit fournir la matière pour la conception artistique.

II.3. De l’inspiration

L’état de l’âme dans lequel se trouve l’artiste (l’homme de science technologique) au moment où son imagination est en jeu et où il réalise ses conceptions est ce qu’on a coutume d’appeler l’« inspiration »[18].

La première question qui s’élève au sujet de l’inspiration est celle de son origine même. Les opinions les plus opposées ont été émises sur ce point.  D’abord, comme le génie, en général, résulte de l’étroite union de deux éléments, l’un qui relève de l’esprit, l’autre qui appartient à la nature, on a cru aussi que l’inspiration pouvait être produite principalement par l’excitation sensible ; mais elle n’est pas un simple effet de la chaleur du sang. Le champagne ne donne pas encore la poésie ; le meilleur génie peut aller respirer l’air frais du matin et la brise du soir, étendu mollement sur un gazon verdoyant, sans qu’il sente pour cela une douce inspiration s’insinuer dans son âme.

D’un autre côté, l’inspiration se laisse encore moins évoquer par la réflexion. Celui qui se propose d’avance d’être inspiré pour faire un poème, peindre un tableau ou composer une mélodie, sans porter déjà en lui-même le principe d’une excitation vivante, et qui est obligé alors de chercher çà et là un sujet dont le besoin seul détermine le choix, malgré tout le talent possible, ne sera jamais capable d’enfanter une belle conception et de produire un ouvrage d’art solide et durable.  Ce n’est ni l’excitation purement sensible, ni la simple volonté et le propos délibéré qui procurent l’inspiration.

Pour Hegel donc, employer de tels moyens prouve seulement qu’aucun véritable intérêt n’est venu s’emparer de l’âme et de l’imagination de l’artiste. Si au contraire le penchant qui la sollicite à produire est d’une nature légitime, c’est qu’alors l’intérêt dont nous parlons s’est déjà préalablement porté sur un objet déterminé, sur une idée particulière, et s’y est fixé d’avance[19].

A en croire Hegel, la vraie inspiration s’allume donc sur un sujet déterminé que l’imagination saisit pour l’exprimer sous une forme artistique, et elle constitue la situation même de l’artiste pendant le travail combiné de la pensée et de l’exécution matérielle, car l’inspiration est également nécessaire pour ces deux sortes d’activités.

Par ailleurs, il faut dire que ce qui se passe chez l’artiste au moment où il est dans la conception d’une œuvre d’art, est analogue au modus vivendi de l’homme de science technologique (l’ingénieur inventeur) lorsqu’il est en situation, mieux en activité.  Imagination, génie/talent et inspiration sont des qualités qui l’animent dans l’exercice de la raison, qualités qui sont créatrices des machines et appareils technologiques.  Ces derniers constituent  des sujets sur lesquels se base l’inspiration lorsque l’imagination est en jeu en vue de matérialiser, mieux d’extérioriser les données de la raison.  Encore faut-il souligner le fait que cette capacité de réflexion qui préside à l’entendement de l’homme de science technologique aboutit aux lois de la physique, sans oublier les mathématiques qui en sont la servante incontournable.

Il faut dire que ce qui nourrit la réflexion ce sont les problèmes (les besoins) de la vie de l’homme dont l’ingénieur inventeur est appelé à résoudre.   Plusieurs réalisations technologiques, telles que l’ordinateur, le ventilateur, le téléviseur, etc., ont constitué la réponse du technologue face aux problèmes que présentait la vie humaine, réalisations qui expriment le progrès de la technologie au fil du temps.   Nul n’est besoin ici de lister toutes les inventions et découvertes scientifiques qui ont marqué le monde à travers l’histoire des sciences, ce ne serait pas l’objectif de cet article.  Son objectif s’inscrit dans la perspective d’une considération du progrès de la technologie, à travers l’histoire des sciences, qui a pour fondement l’art, entendu comme le fruit de la raison qui est toujours à l’œuvre, mais une raison qui se meut dans l’activité même de recherche de l’homme de science technologique.  C’est pourquoi, cette étude est à comprendre dans la perspective de pensée du philosophe américain Thomas Samuel Kuhn.

En effet, dans son livre « La structure des révolutions scientifiques »[20], Thomas Kuhn (1922-1996), physicien, historien et philosophe des sciences, avance l’idée que l’histoire des sciences, bien conçue, pourrait contribuer à libérer les esprits de l’emprise et de la fascination d’une image de science qui ne correspond pas à la pratique (effective) des scientifiques.  Il écrit : « L’histoire, si on la considérait comme autre chose que des anecdotes ou des dates, pourrait transformer de façon décisive l’image de la science dont nous sommes actuellement empreints »[21].  Pour Kuhn donc, il s’avère important de renverser l’ancienne perspective de l’histoire des sciences basée uniquement sur la mise en évidence des inventions et découvertes chronologiques.  En d’autres mots, il s’agit de mettre fin avec cette histoire des sciences qui se propose de déterminer par quel homme et à quel moment chaque fait, loi ou théorie scientifique a été découvert ou inventé[22].  Cette image de la science par accumulation des inventions était présentée par ce que Kuhn appelle « l’ancienne tradition historiographique »[23].

Pour lui donc, l’image de la science qu’on doit préconiser, est celle toute différente qui se dégage du compte rendu historique de l’activité de recherche elle-même[24].  Or cette dernière s’inscrit dans les épisodes du développement scientifique, souvent déjà qualifiés de révolutions[25].

 Néanmoins, les principaux moments critiques du développement scientifique sont, pour ainsi dire, associés aux noms de Copernic, Newton, Lavoisier et Einstein.  « Plus clairement que la plupart des autres épisodes, tout au moins dans l’histoire des sciences physiques, ils montrent bien de quoi il s’agit dans les révolutions scientifiques »[26].  Il est nécessaire de souligner le fait que, chez Kuhn, la révolution scientifique se développe par ce qu’il appelle « paradigme ».   Pour Kuhn donc, les paradigmes représentent, sur le plan scientifique, « les découvertes scientifiques universellement reconnues qui, pour un temps, fournissent à une communauté de chercheurs des problèmes types et des solutions »[27], et ce, jusqu’au moment où auront lieu les révolutions scientifiques.

 La question qu’on est en droit de se poser est celle de savoir : Que sont les révolutions scientifiques et quelle est leur fonction dans le développement de la science ?  Pour tenter de trouver des éléments de réponses à ces questions, il convient de dire avec Kuhn que « les révolutions scientifiques sont ici considérées comme des épisodes non cumulatifs de développement, dans lesquels un paradigme plus ancien est remplacé, en totalité ou en partie, par un nouveau paradigme incompatible »[28].  La question qui nous vient à l’esprit est celle de savoir pourquoi appeler révolution ce changement de paradigme ?  La réponse à cette question ne peut être comprise sans faire le parallélisme entre le développement politique et le développement scientifique, deux domaines où ce terme de révolution est utilisé. Dès lors, le premier aspect de ce parallélisme est déjà clair.

Selon Kuhn, les révolutions politiques commencent par le sentiment croissant, parfois restreint à une fraction de la communauté politique, que les institutions existantes ont cessé de répondre d’une manière adéquate aux problèmes posés par un environnement qu’elles ont contribué à créer[29].  De même manière, les révolutions scientifiques commencent avec le sentiment croissant, souvent restreint à une petite fraction de la communauté scientifique, qu’un paradigme a cessé de fonctionner de manière satisfaisante pour l’exploitation d’un aspect de la nature sur lequel ce même paradigme a antérieurement dirigé les recherches[30].  Cependant, dans le développement politique comme dans celui des sciences, comme l’observe Kuhn,  « le sentiment d’un fonctionnement défectueux, susceptible d’aboutir à une crise, est la condition indispensable des révolutions »[31].

D’ores et déjà, considérons un changement de paradigme particulièrement célèbre, la naissance de l’astronomie copernicienne.

Quand la théorie précédente, le système de Ptolémée, avait été pour la première fois mise au point durant les deux derniers siècles avant J.-C. et les deux siècles suivants, elle réussissait admirablement à prédire les changements de positions des étoiles aussi bien que des planètes.  Aucun autre système ancien n’avait aussi bien fonctionné ; pour les planètes, les prédictions de Ptolémée valaient celles de Copernic.  Mais, en matière de théorie scientifique, un succès remarquable n’est pas un succès complet.  Pour la position des planètes d’une part, et la précession des équinoxes d’autre part, les prédictions faites d’après le système de Ptolémée n’étaient jamais tout à fait conformes aux meilleures observations[32].

C’est ainsi qu’au 16e siècle, le collaborateur de Copernic, Domenico da Novara, soutenait qu’ « aucun système aussi compliqué et inexact que l’était devenu le système de Ptolémée ne pouvait être fidèle à la nature »[33].  Et Copernic lui-même écrivait dans la préface du De Revolutionibus que « la tradition astronomique dont il avait hérité avait fini par créer un monstre »[34].  Dès le début du 16e siècle, un nombre croissant des meilleurs astronomes d’Europe reconnaissaient que le paradigme astronomique ne pouvait être appliqué avec succès à ses propres problèmes traditionnels.  Ce fut là la condition essentielle du rejet du paradigme de Ptolémée par Copernic et de sa recherche d’un nouveau paradigme[35].  Ce fut donc le passage du géocentrisme à l’héliocentrisme copernicien. Dès lors, notons qu’une nouvelle théorie ne peut être apparue qu’après des échecs caractérisés de l’activité normale, quant à l’absence de résolution des problèmes.  Ainsi donc, la crise ne s’achève qu’avec la mise en place d’un nouveau paradigme.

Mais alors, que dire concernant la fonction essentielle de révolutions scientifiques dans le développement de la science technologique ?  Disons que dans son état normal, un groupe scientifique se présente comme un instrument extrêmement efficace pour résoudre les problèmes ou les énigmes que définissent ses paradigmes. Et « le résultat de cette efficacité doit inévitablement être un progrès.  Ce point est hors de doute »[36].  Par ailleurs, il est important de souligner le second aspect du problème du progrès dans les sciences, celui des progrès réalisés grâce à la science extraordinaire.  La question qu’on est en droit de se poser est de savoir pourquoi le progrès est-il en apparence un phénomène universellement concomitant des révolutions scientifiques ?  Kuhn répond lui-même à cette question :

Cette fois encore, il est très instructif de nous demander si le résultat d’une révolution pourrait être quelque chose d’autre.  Celle-ci se termine toujours par la victoire totale de l’un des deux camps opposés.  Quel groupe dira jamais que le résultat de sa victoire n’a pas été vraiment un progrès ?  Ce serait pour ainsi dire admettre qu’il avait tort et ses adversaires raison.  Pour lui, tout au moins, il faut que le résultat de la révolution soit un progrès[37].

Ainsi donc, quand il répudie un paradigme passé, écrit Kuhn, le groupe scientifique renonce simultanément à la plupart des livres et articles fondés sur ce paradigme et qui ne sont plus pour les spécialistes des références valables pour la conduite de la science comme telle.

Par ailleurs, disons que l’homme de science technologique se doit aujourd’hui de tenir compte d’une certaine éthique dans son agir technique, c’est-à-dire dans ce qu’il invente comme produits, puisque toute réalisation technologique a de l’effet néfaste proche ou lointain sur l’environnement, car « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (François Rabelais).

III. Nécessité pour toute action technologique aujourd’hui : L’éthique en question

De prime abord, il convient d’observer que toutes les technologies ne sont pas utilisées à des fins pacifiques.  Le développement des armes à feu a progressé à travers l’histoire jusqu’à la fabrication des armes nucléaires qui polluent l’environnement et massacrent les êtres humains.  Avec l’industrie, beaucoup d’autres produits technologiques  de tout genre ont, avec leurs déchets, une influence négative sur la nature.

Du coup, la question du progrès de la technologie pose directement le problème du rapport entre l’avenir de l’humanité et l’avenir de la nature.  C’est un problème purement éthique qui est au centre de cette problématique.  Or, un philosophe contemporain comme Hans Jonas nous éclaircit suffisamment sur notre agir sur la nature dans une civilisation technologique qui est la nôtre aujourd’hui.

Dans son livre, au titre combien évocateur, « Le principe responsabilité »[38], Hans Jonas (1903-1993) nous propose une reformulation de l’éthique fondée sur la théorie de la responsabilité sous l’angle technologique.  En un mot, cette nouvelle éthique prend en considération la condition globale de la vie humaine, c’est-à-dire son avenir lointain ainsi que le sens de son existence.  Plus concrètement, Jonas veut dépasser l’éthique traditionnelle centrée uniquement sur la qualité morale de l’acte momentané dans lequel on doit respecter le droit du prochain qui partage notre vie.  Par contre, sous l’angle technologique, son éthique se veut centrer sur « des actes (quoique ce ne soient plus ceux d’un sujet individuel) qui ont une portée causale incomparable en direction de l’avenir et qui s’accompagnent d’un savoir prévisionnel »[39].

En outre, cette éthique consiste dans l’agir de l’homme sur la nature.  Pour tout dire, elle sous-tend l’action de l’homme sur la nature engageant sa responsabilité qui doit toujours être à l’œuvre.  Dans ce sens, Jonas écrit : « La nature en tant qu’objet de la responsabilité humaine est certainement une nouveauté à laquelle la théorie éthique doit réfléchir »[40].

Mais Jonas ne parle pas des droits de la nature : ce n’est pas la problématique directe de sa pensée.  Il s’agit plutôt pour lui de mener d’abord une critique interne à la pensée rationaliste (Kant).  Pour celle-ci, l’agir rationnel est lié à la capacité de prédiction des effets de l’action.  En effet, Kant allait jusqu’à dire « qu’en matière de morale la raison humaine, même dans l’intelligence la plus commune, peut être aisément portée à un haut degré d’exactitude et de perfection.  Pour savoir ce que j’ai à faire, pour que ma volonté soit morale, je n’ai besoin d’aucune ingéniosité qui va chercher loin.  (…) Je suis encore capable de savoir comment je peux agir en accord avec la loi morale »[41].

Or pour Jonas, notre savoir n’est pas de même ampleur causale que notre agir.  Les effets de nos actions, en raison de la puissance acquise par la technique dépassent de loin les capacités de notre prédiction.  Cet écart entre l’action et ses effets explique la transformation de la place de la technè.  En effet, « la technè en tant qu’effort humain dépasse les fins pragmatiquement limitées des temps antérieurs » et «  aujourd’hui, sous la forme de la technique moderne, la technè’est transformé en poussée en avant infinie de l’espèce et en son entreprise la plus importante »[42].  De ce fait, il y a donc transformation de l’essence même de l’agir humain, c’est-à-dire l’homo faber a pris le pas sur l’homo sapiens.  Dans ce sens, Jonas tient que l’attention sur ce rêve ambitieux de l’homo faberest résumée dans le slogan selon lequel l’homme veut prendre en main sa propre évolution, dans le but non seulement de conserver l’espèce en son intégrité mais de son amélioration et de sa transformation conformément à son propre projet.

Par ailleurs, Jonas va jusqu’à affirmer que la frontière entre « Etat » (polis) et « nature » a été abolie et même « la différence du naturel et de l’artificiel a disparu, le naturel a été englouti par la sphère de l’artificiel »[43].

A ce niveau, il sied de souligner que la situation actuelle est si radicalement différente des situations passées que toutes les philosophies passées, toute la tradition rationaliste, ne valent plus rien et qu’il est même peut-être impossible de penser notre agir technique sans recours à la religion[44].  Face à ce que nous pouvons considérer comme le vide éthique de notre temps, se pose la question de savoir si sans le rétablissement de la catégorie du sacré qui a été détruite de fond en comble par l’Aufklärung scientifique (les temps des lumières) nous pouvons avoir une éthique capable d’entraver les pouvoirs extrêmes que nous possédons aujourd’hui et que nous sommes presque forcés d’acquérir et de mettre constamment en œuvre[45].  De ce fait, il s’avère important de se demander comment ce retour au sacré, à travers notre agir technique, est possible ou peut être assuré pour la promotion de l’écologie, entendue ici comme la responsabilité qui incombe à tous de lutter pour l’avènement du développement ordonné de notre planète ?

En effet, comme la religion ne peut guère se passer du recours à la crainte, Jonas en fait le principe fondamental, celui même qui légitime le « principe responsabilité ».  Face aux difficultés que rencontre le savoir factuel des effets lointains de l’action technique, la contribution possible à ce savoir, parce qu’il n’est toujours plus facile d’anticiper le mal que le bien, est donnée par l’heuristique de la peur : on peut avoir de responsabilité à long terme que si on a en même temps la prévision d’une déformation de l’homme et pour défendre l’homme nous avons besoin de la menace contre l’image de l’homme[46].  C’est cela la responsabilité qui incombe à tous de se laisser prendre en otage par la vulnérabilité de la nature.

CONCLUSION

Schématiquement, cet article s’est voulu avant tout une réflexion sur l’ « art » comme fondement du progrès de la technologie dans l’histoire des sciences.  Comprise sous cet angle, la technologie restera un « projet inachevé » de l’activité humaine parce que l’art trouve son origine dans l’homme en tant que sujet pensant et se manifestant soi-même comme activité réfléchie dans les choses extérieures qu’il conçoit, choses qui constituent l’œuvre technologique (inventions et découvertes scientifiques).

Dans ce sens, nous avons montré qu’il serait absurde de penser à un certain un « état stationnaire » de la science en termes d’une loi planétaire qui marquerait la discontinuité des inventions et découvertes scientifiques en tout temps et en tout lieu du monde. Car, la raison de l’homme de science technologique (la raison des ingénieurs inventeurs) sera toujours en éveil et cherchera à tout prix à résoudre les problèmes que présente la vie humaine au moyen  de la technique, même si cette expression « état stationnaire » est vraie dans un sens relatif selon lequel cet état ne comporte que des améliorations de détail, lentes et médiocres, au lieu de ces soudaines, générales et prodigieuses applications des grandes découvertes scientifiques comme celles que nous avons connues au siècle de Copernic avec l’héliocentrisme, de Watt avec la machine à vapeur, d’Albert Einstein avec la théorie de la relativité restreinte, pour ne citer que ceux-là.

Ainsi donc, il faudrait prendre congé du concept d’absolu lié à toute opinion unilatérale de ceux qui prétendraient croire à une discontinuité de l’évolution de la science technologique à n’importe quel moment de l’histoire, car la raison des ingénieurs inventeurs ne sera jamais anesthésiée ; d’où la nécessité de penser la technologie comme « projet inachevé » de l’activité humaine au fil du temps, évolution liée sans doute aux qualités de l’artiste, telles que l’imagination, génie/talent et l’inspiration, sans lesquelles il serait impossible de penser au progrès plutôt qu’au recul de la science, à moins de massacrer tous les hommes de la terre.

Par contre, le seul aspect inquiétant de cette évolution est, comme nous l’avons dit précédemment, le caractère anarchiste de la raison dans une civilisation technologique qui est la nôtre aujourd’hui, anarchisme lié au fait que toutes les technologies ne sont pas utilisées à des fins pacifiques.  Par exemple, le développement des armes à feu qui a progressé à travers l’histoire jusqu’à la fabrication de l’arme nucléaire, arme qui pollue l’environnement et massacre les êtres humains.

C’est pourquoi, nous avons montré que la question du progrès de la technologie pose directement le problème du rapport entre l’avenir de l’humanité et l’avenir de la nature.  Et pour que cet avenir soit radieux, nous avons recouru au philosophe Hans Jonas qui considère la « nature » comme ce qui doit être une préoccupation pour tout homme de science afin que l’artificiel ne puisse pas l’emporter sur le naturel,  l’homo fabersur l’homo sapiens[47] en vue de l’épanouissement de l’homme dans la société.

[1] Le mot grec tekhnè, utilisé pour désigner l’art et aussi l’artisanat, nomme un mode du savoir et non de la fabrication.  Les grecs appelaient du même nom, tekhnitès, l’artisan ainsi que l’artiste. Mais tekhnè ne signifie ni travail artisanal, ni travail artistique, ni travail technique au sens moderne. Tekhnè ne désigne jamais un genre de réalisation pratique, mais le fait d’appréhender, d’éprouver la présence du présent en tant que tel. La tekhnè est une production qui fait venir l’être à découvert, hors de sa réserve, dans sa déclosion, c’est-à-dire dans sa vérité. Cette activité est complètement déterminée et régie par l’essence de la création, qui dépend elle-même de l’œuvre. En effet, il n’y a création qu’à partir de l’essence de l’œuvre. L’aspiration vers l’œuvre ne se déploie qu’à partir de la vérité, c’est-à-dire d’une ouverture, d’un combat entre le dévoilement et la mise à l’abri, d’un avènement historial : ce peut être une œuvre d’art, l’instauration d’un Etat, un sacrifice, le questionnement de la pensée. Dans tous ces cas, l’attraction vers l’œuvre produit un étant qui n’était point auparavant, et n’adviendra jamais plus par la suite. Ce qui est produit est une œuvre, et une telle production est une création (Cf. Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre).

[2] J. FOURASTIE, Pourquoi nous travaillons ?, PUF, Paris, 1961, p. 89.

[3] J. HANS, Le principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique.  Traduit de l’allemand par Jean Greisch, Ed.du Cerf, Paris, 1997, p. 25.

[4] Hegel fait remarquer que le mot esthétique,qui signifie science de la sensation ou du sentiment,est mal fait. Il est dû à l’école de Wolf, à Bamgarten, qui, le premier, fit de cette science une branche à part de la philosophie. Il la désigna ainsi parce que l’opinion régnantealors était que le beau et les beaux-arts ne doivent être considérés que sous le rapport des sentiments qu’ils produisent ; tels que l’agrément, l’admiration,la terreur,la pitié, etc. On proposa ensuite le mot kallistique ;mais il ne satisfit pas davantage, parce que cette science considère moins le beau en général que le beau dans l’art. « Je me sers du mot esthétique, dit Hegel, parce qu’il est consacré ; mais l’expression propre est philosophie de l’art ou des beaux-arts. » (Cf. Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831), Esthétique, tome premier (1835, posth.), p. 15, Edition électronique réalisée par M. Daniel Banda, professeur de philosophie en Seine-Saint-Denis et chargé de cours d’esthétique à Paris-I Sorbonne et Paris-X Nanterre, à partir de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Esthétique, tome premier, Paris, Librairie Germer-Baillère, 1875, deuxième édition, 496 pages, pages 1 à 496. Traduction française de Ch. Bénard Docteur ès lettres, ancien professeur de philosophie dans les lycées de Paris et à l’École normale supérieure).

[5] Cf. La théorie des quatre causes d’Aristote présentes dans un objet, à savoir : les causes matérielle, formelle, efficiente et finale.

[6]Georg Wilhelm Friedrich HEGEL (1770-1831), Esthétique, tome premier (1835, posth.), Edition électronique réalisée par M. Daniel Banda, professeur de philosophie en Seine-Saint-Denis et chargé de cours d’esthétique à Paris-I Sorbonne et Paris-X Nanterre, à partir de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Esthétique, tome premier, Paris, Librairie Germer-Baillère, 1875, deuxième édition, 496 pages, pages 1 à 496. Traduction française de Ch. Bénard Docteur ès lettres, ancien professeur de philosophie dans les lycées de Paris et à l’École normale supérieure, p. 25.

[7]G. HEGEL (1770-1831), Esthétique, tome premier (1835, posth.), Edition électronique réalisée par M. Daniel Banda, professeur de philosophie en Seine-Saint-Denis et chargé de cours d’esthétique à Paris-I Sorbonne et Paris-X Nanterre, à partir de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Esthétique, tome premier, Paris, Librairie Germer-Baillère, 1875, deuxième édition, 496 pages, pages 1 à 496. Traduction française de Ch. Bénard Docteur ès lettres, ancien professeur de philosophie dans les lycées de Paris et à l’École normale supérieure, p. 25.

[8] E. KANT, Critique de la raison pure, Tome I. Traduction de J. TISSOT, Paris, 1845, p. 37.

[9]G. HEGEL (1770-1831), Esthétique, p. 32.

[10] Notes de Cours d’Anthropologie philosophique du Prof. Frère NKETO LUMBA, Faculté de Philosophie Saint Pierre Canisius de KIMWENZA/KINSHASA, Année académique 2009-2010, p. 9.

[11]. Cette expression de l’inachèvement de la technologie nous l’empruntons chez Habermas lorsqu’il parle de la modernité comme « projet inachevé » dans Le discours philosophique de la modernité, Ed. Gallimard, Mayenne, 1988, p. 8. Il faut souligner ici que l’expression habermasienne « projet inachevé » de la modernité n’a pas de commune mesure avec le sens que revêt cette même expression dans la perspective technologique propre à la vision de l’auteur de cet article.  Chez Habermas, elle signifie « rupture et continuité » tandis qu’ici, elle est à considérer comme continuité, évolution…

[12]. G. HEGEL,  Esthétique, p. 84.

[13]. Ibid., p. 85.

[14]G. HEGEL, Esthétique, p. 85.

[15]Ibid., p. 86.

[16]Ibid., p. 87.

[17]Ibid., p. 87.

[18]G. HEGEL, Esthétique, p. 89.

[19]Ibid., p. 89.

[20] T. KUHN, The structure of scientific revolutions, Chicago, Chicago University Press, 1962, trad. Franc. La structure des revolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970.

[21] Ibid., p. 17.

[22]Ibid., p. 18.

[23]Ibid., p. 20.

[24]T. KUHN, The structure of scientific revolutions, Chicago, Chicago University Press, 1962, trad. Franc. La structure des revolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970., p. 17.

[25]Ibid., p. 23.

[26] T. KUHN, Op. Cit., p. 23.

[27]Ibid. p. 11.

[28]Ibid., p. 133.

[29]Ibid.,.p. 133.

[30]Ibid.,p.134.

[31]Ibid., p. 135.

[32] T. KUHN, Op, Cit., p. 103.

[33]Ibid.,p. 104.

[34]Ibid.

[35]Ibid.

[36]Ibid.,p. 227.

[37] T. KUHN, Op, Cit., p. 227.

[38] H. JONAS, Le principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique.  Traduit de l’allemand par Jean Greisch, Cerf, Paris, 1997.

[39]H. JONAS, Op. cit., p. 14.

[40] Ibid., p. 25.

[41] Cf. Préface aux Fondements de la Métaphysique des Mœurs, trad. V. DELBOS, Delagrave, Paris, p. 82, cité par J. HANS, Le principe responsabilité, p. 23.

[42]Ibid., p. 27.

[43] Cf. Ibid., p. 82, cité par J. HANS, Le principe responsabilité, p. 29.

[44] H. JONAS, Op. cit., p. 33.

[45]H. JONAS, Op. cit.,p. 45.

[46]Ibid., p. 49.

[47]. J. HANS, Le principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique.  Traduit de l’allemand par Jean Greisch, Ed.du Cerf, Paris, 1997, p. 25.

ParNDJULU Eric, S.J.

                                     Institut UCAC-ICAM (ex-I.S.T-A.C)/Site dePointe Noire

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Catégories : Philosophie | 6 Commentaires

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6 réflexions sur “L’Art.

  1. Oui, il l’est, je lirai par petits bouts…
    Tu étudies la philo ou c’est juste une intérêt personnel ?
    Amitiés et à bientôt

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  2. Eric Ndjulu

    Ah! d’accord, Berger Elisabeth! Je m’excuse car je ne me rendais pas compte de ce style que j’ai cru l’avoir simplifié le plus possible! Généralement, j’écris simplement, mais dense…car j’aime bien agencer les idées et les achever vraiment comme l’a dit mon ami Thera Joseph, merci pr tes encouragements! J’en tiendrai compte prochainement! Tes critiques et propositions sont les bienvenues, car cet article peut faire l’objet d’un livre…

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    • Merci Eric pour ton article. C’est sympa de partager avec nous tes réflexions philosophiques. J’espère que tu nous donneras l’occasion d’en lire d’autres.

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    • Mais il ne faut surtout pas vous excuser, Eric, j’ai beaucoup apprécié, juste que c’est très danse et je viens souvent au milieu de la nuit, alors….:)
      Mais j’apprécie et j’apprends énormément, je vais juste lire par chapitres… Continuez, vos idées sont si riches

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  3. Ouah, ça c’est un vrai essai philosophique… passionnant mais un peu ardu 🙂 Je reviendrai relire à tête reposée car il contient beaucoup d’idées à décortiquer….
    Merci, Thera

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    • Un peu ardu et un peu long aussi. Eric est prolixe dans ses essais, il fouille beaucoup. Il est d’ailleurs très content de remarquer que tu trouves l’article passionnant.
      merci et à bientôt.

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