Archives quotidiennes : 8 janvier 2014

Philosophie, dissertation: La liberté consiste-elle à faire ce que l’on veut ?

Introduction :

Assertion : partir d’une constatation générale.

Définir les termes du sujet : quelle est la signification des termes du sujet ? Quelle signification peut-on donner au sujet pris comme un tout ?

Poser la problématique, en reformulant éventuellement le sujet : quelle est la question à laquelle vous vous proposez de répondre ? Quel est le problème que vous vous proposez de traiter ?

Mettre en évidence un paradoxe : Montrez que le sujet est porteur d’une contradiction féconde.

Montrer les présupposés du sujet : que faut-il admettre pour poser une telle question ?

Montrer les enjeux : quel intérêt y a-t-il à réfléchir à cette question ?

Précisez les domaines auxquels le sujet s’applique : politique, épistémologique, moral…

Annoncer le plan, dites comment vous vous proposez de traiter la problématique ainsi définie.

Soit le sujet :  » La liberté consiste-t-elle à faire ce que l’on veut ? »

Introduction :

Phrase d’accroche : à première vue, la liberté consiste dans l’absence de contraintes. Être libre, c’est faire ce que l’on veut.

Analyse des termes du sujet : le mot « liberté » vient du latin « liber » qui signifie libre, par opposition à « servus » (esclave). Un homme libre, dans l’antiquité gréco-romaine est un homme qui n’est pas soumis à un autre, mais seulement aux Lois de la Cité. L’expression « faire ce que l’on veut » renvoie à la notion de volonté, mais aussi à la notion de désir, ce qui n’est pas la même chose ; comme le dit saint Augustin, « je fais le mal que je ne voudrais pas faire et je ne fais pas le bien que je voudrais faire. » (Les Confessions)

Mise en évidence d’un paradoxe : si, comme le pensaient les citoyens grecs, être libre, c’est être soumis aux Lois : cette conception de la liberté n’est-elle pas paradoxale ? En effet, celui qui est soumis aux lois n’est pas libre « de faire ce qu’il veut ».

Mise en évidence les présupposés du sujet : « Être libre est-ce faire ce que l’on veut ? » : poser une telle question, c’est supposer que l’on puisse y répondre négativement.

Mise en évidence des enjeux : il est important de réfléchir à cette question car la notion de liberté relève de l’éthique, de notre rapport aux autres et au monde. Nous chercherons donc à savoir en quoi consiste véritablement la liberté.

Annonce du plan : nous nous demanderons si la liberté réside dans l’absence de contraintes, puis nous montrerons que la liberté « éclairée » est la seule liberté véritable.

Votre dissertation doit obligatoirement comporter trois parties : une thèse (l’idée avec laquelle vous êtes la moins d’accord), une antithèse (le point de vue contraire) et une seconde hypothèse qui n’est pas une synthèse des deux points de vues précédents, mais une idée nouvelle qui va sortir votre réflexion de l’impasse du « pour » et du « contre ».

Chaque partie doit comporter trois paragraphes composés chacun d’une idée directrice d’un argument et d’un exemple. (« IDAREX » : IDée – ARgument – EXemple)

1) Idée directrice : être libre, c’est faire ce que l’on veut :

Premier argument : Selon Hannah Arendt, la liberté sans garanties politiques n’est qu’un mot vide de sens. La première des libertés est la liberté de circulation ; celui qui ne peut pas se mouvoir librement n’est pas libre.

Exemple : le prisonnier, l’opposant « assigné à résidence ».

Deuxième argument : celui ou celle qui ne peut pas disposer librement de sa vie privée n’est pas libre.

Exemple : dans certains pays du monde, ce sont les parents qui choisissent le futur époux de leur fille.

Troisième argument : la liberté de penser ; celui qui ne peut exprimer sa pensée n’est pas libre.

Exemple : la censure, l’absence d’élections libres, la répression dans les pays non démocratiques.

2) Idée directrice : être libre, ce n’est pas faire ce que l’on veut.

Premier argument : nous croyons être libres, alors que nous sommes les esclaves de nos désirs et de nos passions.

Exemples : le joueur, l’alcoolique, le toxicomane.

Deuxième argument : pour Descartes, il y a deux sortes de libertés : la liberté d’indifférence (faire ce que l’on veut, y compris choisir le mal, l’erreur…) et la liberté éclairée ; la liberté véritable réside dans le bon usage de notre volonté (« Il n’y a rien qui soit véritablement en notre pouvoir que notre volonté. »)

Montrer qu’il n’est pas facile de faire ce que l’on veut et que ni la volonté, ni le jugement ne sont toujours suffisants : « Je fais le mal que je ne voudrais pas faire et je ne fais pas le bien que je voudrais faire. » (saint Augustin). Pour les chrétiens, l’exercice de la volonté humaine nécessite le secours de la Grâce.

Exemple : l’expérience montre qu’il est très difficile de se délivrer « tout seuls » d’une addiction.

Troisième argument : selon Spinoza, le libre arbitre n’existe pas.Tout est régi par la nécessité. Je me crois libre parce que j’ignore les causes qui me font agir.

Exemple : le bébé n’est pas plus libre de réclamer du lait que la pierre jetée en l’air de retomber (exemples donnés par Spinoza)

3) Idée directrice : être libre, c’est obéir aux lois.

Premier argument : celui qui érige sa liberté en loi (qui fait ce qu’il veut), qui opprime les autres, qui confisque leurs biens et leur liberté n’est pas libre : il obéit à ses caprices.

Exemple : le tyran domestique ou politique.

Deuxième argument : une société où chacun serait libre « de faire ce qu’il veut » ne serait pas viable. Si tout le monde fait ce qu’il veut, sachant que tout le monde ne veut pas la même chose, les désirs de chacun vont entrer en conflit avec ceux des autres. Seuls les plus « forts » seront à même de réaliser leurs volontés… tant qu’ils resteront les plus forts… mais personne n’est assez fort pour être plus fort que tous les autres (cf Rousseau, Le Contrat social)

Afin d’éviter cette situation où la force l’emporte sur la justice et détruit la liberté, il est nécessaire d’instaurer des lois que tous auront le devoir de respecter. Seule la loi garantit la liberté.

Exemple : le droit de rouler en sens inverse de la circulation, de brûler les feux rouges, de m’approprier les biens d’autrui, de tuer, etc.

Troisième argument :

Pour sauvegarder la liberté, il est nécessaire de limiter la liberté (paradoxe). Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres. Pour être véritablement libres, il faut disposer d’une volonté éclairée par la réflexion et « se connaître soi-même ».

Exemples : la distinction que font Epicuriens entre les différentes sortes de désirs (naturels, nécessaires, non naturels et non nécessaires), la distinction stoïcienne entre « ce qui dépend de nous » (nos jugements, nos pensées) et « ce qui ne dépend pas de nous » (« il vaut mieux changer ses désirs que l’ordre du monde »), la morale kantienne (la liberté est l’obéissance à la loi que l’on s’est prescrite), Le Contrat social de Rousseau (la liberté comme obéissance à la volonté générale).

Conclusion : L’homme véritablement libre est celui qui pénètre ses désirs d’intelligence (Spinoza), qui se connaît lui-même (Socrate), qui est maître de sa volonté (Descartes), qui s’est délivré de l’égoïsme, de l’aveuglement, de la violence et de la peur, qui cherche à réaliser son « désir fondamental » :  » Toute l’angoisse et le mal-être des humains se trouvent dans le manque d’harmonisation entre les désirs multiples (matériels et sexuels) et le désir essentiel, forme élargie prise par la poussée évolutive lorsqu’elle atteint le stade humain. » (Paul Diel).

L’homme qui s’est ainsi libéré peut effectivement « faire ce qui lui plaît ». « Aime et fais ce que tu veux. » (saint Augustin)

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Catégories : Philosophie | 7 Commentaires

Philosophie, citation: l’homme libre

7- Freud, Introduction à la psychanalyse, Payot, page 266
« Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison. »

8- Descartes, Les passions de l’âme, Pléiade, Gallimard, page 768.
« Ainsi je crois que la vraie générosité, qui fait qu’un homme s’estime au plus haut point qu’il se peut légitimement estimer consiste seulement partie en ce qu’il connaît qu’il n’y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon pour se qu’il en use bien ou mal, et partie en ce qu’il sent en soi même une ferme et constante résolution d’en bien user c’est à dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu’il jugera être les meilleures; ce qui est suivre parfaitement la vertu. »

9- Montesquieu, De l’esprit des lois, I, Garnier Flammarion, page 292.
« Il faut se mettre dans l’esprit ce que c’est que l’indépendance et ce que c’est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent: et, si un citoyen pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir. »

10- Alain, éléments de philosophie, Gallimard, page 243.
« S’il y avait quelque preuve du libre arbitre, je vous déterminerais donc par là … Le principal c’est qu’il faut se faire libre. Vouloir enfin. Et ce n’est pas une remarque sans importance, puisque tant d’hommes s’irritent dès que je les veux libres. » (Le libre arbitre est une conquête !)

11- Rousseau, Du contrat social.
« Renoncer à sa liberté c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possibles pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter cette liberté à sa volonté . »

12- Malebranche, Traité de la nature et de la grâce, troisième discours.
« Or, il faut prendre garde que le principal devoir des esprits c’est de conserver et d’augmenter leur liberté: parce que c’est par le bon usage qu’ils peuvent en faire, qu’ils peuvent mériter leur bonheur. »

13- Spinoza, Ethique, IV, LXVII.
« L’homme libre, c’est à dire qui vit selon le seul commandement Raison. »

14- Lavelle, De l’intimité spirituelle, page 177.
« On trouvera sans doute dans la liberté les caractères les plus profonds par lesquels on peut définir l’existence, à savoir d’abord cette indétermination qui fait que, n’étant rien de plus qu’existence, elle est capable de recevoir les modalités les plus différentes. »

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Rubrique citations http://www.philagora.net/citations/: Liberté et choix

Liberté et choix


1
 Condillac, Traité des animaux, fin du chapitre X.
« Je veux, ne signifie pas seulement qu’un chose m’est agréable, il signifie encore qu’elle est l’objet de mon choix: or on ne choisit que parmi les choses dont on dispose. On ne dispose de rien, quand on ne fait qu’obéir à ses habitudes: on suit seulement l’impulsion donnée par les circonstances. Le droit de choisir, la liberté, n’appartient donc qu’à la réflexion. Mais les circonstances commandent les bêtes, l’homme au contraire les juge: il s’y prête, il s’y refuse, il se conduit lui même, il veut, il est libre. »

2- Alain, Les idées et les âges, I. page 203
« Derrière cette ombre de liberté qui consiste à choisir, se montre aussitôt la liberté véritable qui consiste à se dominer. »

3- Joseph Moreau, La liberté, IVè Congrès des sociétés de philosophie de langue française, page 187.
« Ainsi entendue, notre liberté n’est jamais parfaite, dans sa perfection elle exclurait le choix. »

4- Lavelle, La puissance du Moi, page 157.
« La liberté n’est pas un choix entre deux action; c’est une attitude de tout l’être par laquelle il se choisit lui même. »

5- Merleau-Ponty, La phénoménologie de la perception, page 503.
« Ma fatigue m’arrête parce que je ne l’aime pas, que j’ai autrement choisi ma manière d’être au monde, et que, par exemple, je ne cherche pas à être dans la nature, mais plutôt à me faire reconnaître par les autres. »

6- G. Marcel, La nef, n°19, page 69.
« Il suit de ces observations tout à fait élémentaires que la confusion entre liberté et choix doit être soigneusement évitée. »

7- Bergson, L’énergie spirituelle, la conscience et la vie, oeuvres PUF, page 822. La faculté de choisir.
« Si, …, la conscience retient le passé et anticipe l’avenir, c’est précisément, sans doute, parce qu’elle est appelée à effectuer un choix: pour choisir, il faut penser à ce qu’on pourra faire et se remémorer les conséquences, avantageuses ou nuisibles de ce qu’on a déjà fait; il faut prévoir et il faut se souvenir. »

9 Sartre, L ‘Être et le néant, Gallimard, page 505.
« La délibération volontaire est toujours truquée. Comment, en effet, apprécier des motifs et des mobiles auxquels précisément je confère leur valeur avant toute délibération et par le choix que je fais de moi même. »

Source:  Rubrique citations http://www.philagora.net/citations/

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Philosophie, dissertation: La liberté relève-t-elle de l’essence de l’homme?

La liberté relève-t-elle de l’essence de l’homme?

=> Problème:
Comment dire que la liberté relève de l’essence de l’homme sans être amené à parler d’une essence qui n’aurait pas de nature (ce qui est impensable), comme si l’essence de l’homme n’était que surgissement dans l’être.

=> Quelques questions:
Que serait une liberté qui relèverait d’une essence, ne serait-ce pas un asservissement, par exemple une programmation?

Tableau de définitions

L’essence

C’est ce que cela est, une chose que nous comprenons par une idée, la forme intellectuelle d’un objet.

relever

signifie dépendre, être du ressort de (d’où le problème: comment appeler liberté ce qui dépend d’une nature?)

liberté

une liberté qui relèverait d’une essence serait-elle une liberté? Peut-on dire que la liberté est totale ou n’existe pas? Peut-on appeler liberté le consentement au déterminisme?
La liberté n’est-elle pas plutôt du ressort de l’existence? Pour l’homme et rien que pour l’homme, l’existence précèderait l’essence?

Quelques pistes …

=> En choisissant, l’homme se choisit et devient donc responsable des conséquences de son choix; il assume parce que son choix a été libre. On voit que tout choix entraîne l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite. ON ne peut donc parler de libre arbitre absolu et continuel.

=> Poser que l’essence précède l’existence et d’une certaine manière l’encadre, n’est-ce pas faire que la liberté dépend en fait d’une nature. Je crois choisir les choses parce qu’elles sont bonnes en elle même mais nous les trouvons bonnes parce que nous les désirons. Le libre arbitre ne serait que l’ignorance des causes qui nous déterminent.

=> Il y a un seul cas où la liberté soit compatible avec l’essence. Pour Dieu, l’essence englobe l’existence parce qu’il ne dépend de rien d’autre que de soi, l’absolu étant ce qui a sa raison d’être en soi.
Chez l’homme, l’essence n’englobe pas l’existence car l’essence dépend d’autre chose, elle est relative, elle est fragile, elle est exposée aux contraintes, au hasard des rencontres d’autres essences finies.
Dire que la liberté dépend de l’essence, c’est pourtant réduire la liberté au déterminisme d’une nature ou tout au plus à une acceptation de ce déterminisme.

=> Vous pourriez analyser le travail de l’homme: par le travail l’homme nie le donné naturel intérieur (les appétits) et le donné naturel extérieur (par exemple, la sécheresse grâce à un barrage => Voir le texte de Bataille: la négation de la nature par l’homme).

Pour le mouvement du devoir …
1- Il semble que la liberté ne saurait relever de l’essence que pour Dieu, par pour l’homme.

2- Comment nier cependant que l’homme appartient à la nature ? L’homme serait-il un état dans l’état? En un certain sens , la liberté ne peut pas relever d’une essence: elle serait donnée comme possibilité.
A quelle condition, une possibilité peut-elle être donnée? Ne doit-elle pas être reprise dans une conquête, dans une libération? Qu’est-ce qui en résulte pour le degré de liberté auquel l’homme peut parvenir?

3- Comme être raisonnable sensiblement affecté, l’homme appartient à deux mondes. Sa liberté relève de l’existence (= être c’est se faire), son humanité aussi. Mais il doit tenir compte de sa nature qu’il peut certes nier, mais en niant la nature, il doit lui obéir s’il veut commander: On ne commande à la nature qu’en lui obéissant (Bacon)

Conclusion: 

Bilan=> Conséquences Théorique? Pratique?=> Enjeu => Élargissement vers un problème.
En fin de conclusion, vous pouvez peut-être élargir vers un problème en rapport avec le problème, la question de la question de votre sujet:
La liberté est-elle une donnée (essence) ou une conquête (existence)?

Source: http://www.philagora.net/dissert2/liberte-essence.php

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