« Le travail permet-il de prendre conscience de soi ? »

Le corrigé en Philosophie sujet 2, Bac S :

Problème : le travail, c’est d’abord le labeur auquel nous sommes tous soumis en tant qu’animal soumis au processus vital et aux mêmes besoins (qui ne nous distinguent pas les uns des autres) mais le travail, c’est aussi le fait de transformer la matière ou un donné pour produire quelque chose, faire un ouvrage, une œuvre pouvant être en accord avec nos désirs (qui eux sont censés nos appartenir et définir). A travers celle-ci, on peut peut-être se reconnaître. C’est en tout cas la thèse classique de Hegel dans la fameuse dialectique du maître et de l’esclave ou de Marx qui fait du travail, le propre de l’homme.

Ce sujet invite donc à penser les apports du travail en d’autres termes que celui du salaire ou du gain, sur la place du travail : est-ce seulement un moyen de gagner sa vie ou de la réaliser en prenant conscience de soi à travers lui? L’article indéfini « le » invite aussi à s’interroger sur la réalité du travail : si le travail peut être le cadre d’une prise de conscience de soi, est-ce le cas pour tout travail?

L’homme prend conscience de soi en dehors du travail.

Prendre conscience de soi, c’est se savoir être une seule et même personne et un individu distinct des autres ayant une identité définie par des éléments objectifs et subjectifs.

Le travail est une activité plus ou moins pénible de production directe ou indirecte d’une réponse à nos besoins. Le travail nous rappelle que nous sommes TOUS des animaux (ayant des besoins) PROMETHEENS (inadaptés et devant transformer le donné naturel pour survivre. Le travail ne permet pas ici une prise de conscience de notre individualité, il nous renvoie plutôt à notre condition humaine, à une des limites a priori qui esquissent notre situation en tant qu’homme (au milieu des autres, mortel et au travail selon Sartre).

On prend plutôt conscience de soi dans une introspection rendue possible après le travail qui peut être divertissement au sens de Pascal (fuite de soi) et qui est une occupation de l’esprit et des mains empêchant de penser à soi. On se retrouverait après le travail et dans des activités qui nous relèveraient du loisir (Antiquité : le travail est une activité indigne d’un homme libre)

Le travail comme LABEUR nous noie dans la masse industrieuse des hommes et on ne peut, semble-t-il, se réaliser et réaliser qui on est qu’en dehors du travail.

Le travail comme cadre d’une œuvre et prise de conscience de soi.

Le travail peut être lieu de prise de conscience et de réalisation de soi, s’il y a œuvre. C’est la thèse de Hannah Arendt et de Hegel.

Le travail permet de s’inscrire en tant qu’homme et individu face à soi dans le monde, si dans l’animal laborans, il y a homo faber, si le fruit du travail, l’ouvrage n’est pas immédiatement dissous dans le processus vital de consommation. Nos œuvres portent notre marque personnelle, elles sont un reflet de nous face à nous, devant nous. On s’affirme comme homme et individu face à soi et aux autres.

Cette exposition de soi face aux autres permet aussi la prise de conscience de soi, via leur jugement.

On pourrait dire que le travail est aussi l’occasion d’une découverte de soi par expérience. On découvre qui on est en faisant, en étant confrontant à certaines difficultés ou choix.

Mais pour que cette prise de conscience ait lieu

– encore faut-il qu’il y ait œuvre et donc absence d’aliénation du travail ( cf: analyse de Marx), et que la productivité n’empêche pas originalité et créativité

– encore faut-il que l’individu ne soit pas noyé dans une société uniforme que peut produire le travail comme labeur, qui est selon Nietzsche « la meilleure des polices » tuant toute liberté, individualité et réduisant le travailleur à un consommateur.

– encore faut-il que le travail ne soit pas présenté comme le seul lieu de réalisation de soi, sous la forme d’un diktat social. Le travail peut être le cadre d’une prise de conscience et de réalisation de soi mais ce n’est pas le seul. La prise de conscience de soi peut commencer par la prise de conscience de cette pression sociale, de ce « courant social » qui peut empêcher d’être soi.

Source: http://www.letudiant.fr

Catégories : Philosophie, Sujets de langue française | Poster un commentaire

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