Le conte de la petite fille qui était ce qu’elle était…

Le conte de la petite fille qui était ce qu’elle était…

L’enfance devrait être un royaume unique dans lequel chaque enfant pourrait grandir, développer ses possibles et devenir ce qu’il est avec le soutien et la liberté d’être de tous ceux qui l’entourent.

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Okinestha ce qui voulait dire dans la langue de son pays  «  Rayon de soleil déposé sur le miel de la vie ». Dans ce pays-là en effet, on donnait aux enfants des noms simples, qui avaient du sens. Tous les parents avaient le souci de donner un nom qui contenait un message important en direction de leurs enfants, un message positif susceptible de les guider tout au long de leur vie. Je sais que dans d’autres pays, comme le nôtre par exemple, on donne un prénom attaché à une tradition familiale, ou encore un prénom à la mode porté par une actrice, un acteur, un personnage populaire ou encore le nom d’un saint, d’une sainte dont on espère qu’il veillera sur l’enfant.

Les habitants de ce pays croyaient en un dieu personnel. Un dieu bienveillant, protecteur et juste. Même si chacun était persuadé que son dieu était le seul, le meilleur et surtout le plus compréhensif, ils avaient beaucoup de respect et de tolérance pour les dieux des autres croyances, qui eux aussi à leur façon avaient tous d’excellentes qualités, surtout aux yeux de ceux qui les honoraient.

Mais revenons à Okinestha. Le message contenu dans son prénom semblait avoir été bien reçu par cette enfant. C’était une petite fille pleine de ressources, douce et très vivante. Comme chaque matin, ce jour-là, elle courait déjà partout dans la maison, sautait, lançait ses bras en l’air, faisait des pirouettes, des cabrioles, grimpait les marches des escaliers trois par trois et les descendait en se laissant glisser sur la rampe. Soudain elle dévala la rue à toute vitesse sur son vélo, fit un demi-tour en un clin d’œil puis repartit en sens inverse, pour freiner juste devant le marchand de journaux. Et là elle lança une pièce de monnaie au vendeur, lequel, étant habitué, l’attrapa d’une seule main et de l’autre lui lança le journal déjà plié en huit, qu’elle mit aussitôt entre ses dents. Tout cela en continuant à pédaler sur place.

Puis, comme mue par un ressort, elle repartit à toute vitesse jusqu’à la maison de ses grands-parents. Là elle jeta son vélo sur la pelouse, sauta par la fenêtre ouverte du salon et d’une seule glissade très élégante, les deux pieds bien joints, elle arriva jusqu’au fauteuil de son grand-père, lui mit une mais sur les yeux et de l’autre déposa le journal sur ses genoux. Elle repartit d’un bond et je ne peux vous dire (car je suis un peu essoufflé) tout ce qu’elle fit encore dans la matinée, dans l’après-midi et jusque tard dans la soirée. Un livre tout entier n’y suffirait pas.

Donc vous l’avez deviné sans peine, Okinestha était très turbulente. Je sais, le mot est un peu faible pour la caractériser, mais je n’en ai pas d’autres pour l’instant. Je laisse ici un peu de place pour que vous puissiez, vous qui me lisez, noter d’autres termes qui vous sembleraient plus appropriés. Comme vous pouvez l’imaginer sans peine, la grand-mère d’Okinestha, qui élevait sa petite-fille, était en fin de journée absolument épuisée. Epuisée par le tourbillon qui passait à tout moment devant, derrière, au-dessus, au-dessous d’elle. Fatiguée de se demander ce que celle-ci allait encore pouvoir inventer ou faire. Inquiète aussi de tout ce qui risquait de lui arriver si elle tombait, heurtait un meuble, se faisait renverser ou encore provoquait un accident, tant Okinestha était imprévisible.

Ce soir-là, après le repas, elle demanda à Okinestha de s’asseoir sur ses genoux. Ce que la petite fit sans hésitation en sautant à pieds joints dans le giron de sa grand-mère et en posant sa tête contre sa poitrine, tout en tortillant un bout du corsage de la vieille dame.

« Okinestha, je voudrais te faire une demande. » la petite hocha la tête en signe d’accord. « Je voudrais que tu acceptes d’ajouter quelque chose à ta prière du soir, quelque chose d’important. » Okinestha continua à hocher la tête, manifestement toujours d’accord.

« Pourrais-tu demander à ton dieu, celui auquel tu crois, qu’il fasse de toi une petite fille très sage ? Une petite fille qui apprenne à marcher lentement, à ne pas sauter à tout instant, à faire du vélo sans vouloir à tout prix faire une course d’obstacles, à s’arrêter devant les gens et les saluer gentiment, leur dire bonjour et un mot gentil : ‘’comment allez-vous, avez-vous passé une bonne nuit, votre chien est-il guéri ?’’

  • Oui, mais s’ils n’ont pas de chien, qu’est-ce que je vais leur demander ?
  • Là tu inventes, tu peux leur demander s’ils sont contents du temps qu’il fait, s’ils ont reçu des nouvelles de leur parenté.
  • Et si leur enfant est mort comme le fils de notre voisine, Mme Simba, je peux lui demander s’il est heureux au ciel ?
  • Je ne sais pas si tu peux aller jusque-là, mais pour l’instant demande à ton dieu d’être gentille et sociable avec les gens que tu rencontres. Pourrais-tu lui demander aussi de t’inviter de ne pas transformer ton lit en trampoline, ni le salon en patinoire ou les escaliers en piste de ski ?
  • Grand-mère, tu crois que je peux lui demander tout cela ? tu m’as dit une fois qu’il était très occupé à essayer de réparer tous les malheurs du monde, de diminuer les injustices, d’éviter que les guerres ne durent trop longtemps, que les famines qu’il y a dans le monde disparaissent ! Cela fait beaucoup de travail pour un seul dieu ! Tu ne crois pas que je risque de l’embêter avec ces petites choses sans importance ?
  • Je crois savoir que Dieu a beaucoup de patience, qu’il dispose de beaucoup de moyens que nous ne connaissons pas, et je suis persuadée que si tu lui demandes de devenir une petite fille plus sage, dans une prière sincère, je crois qu’il t’écoutera, car je sais qu’il accorde beaucoup d’attention et d’importance aux enfants.
  • Mais grand-mère, tu as dit une fois que Dieu devait être un peu sourd et aveugle parfois quand il laisse faire les terroristes avec tous ces attentats !
  • Ce n’est pas tout à fait le même problème. C’est très complexe à comprendre, même pour les adultes. Les terroristes ont souvent un dieu, parfois le même ou, s’ils ont des croyances différentes, un dieu qu’ils appellent par un autre nom, auquel ils demandent parfois de l’aide pour que les attentats réussissent. Mais là n’est pas la question, ma chérie. Toi, es-tu d’accord pour demander à ton dieu de devenir une petite fille calme, sage et tout à fait sociable ? »

Okinestha accepta et promit d’ajouter toutes ces demandes à sa prière du soir.

Un peu plus tard, quand sa grand-mère vint l’embrasser dans sa chambre, celle-ci lui demanda : « As-tu prié Dieu ?

  • Oui, grand-mère. J’ai prié très fort, à haute voix pour qu’il m’entende bien !
  • Et qu’as-tu demandé ?
  • Exactement ce que tu m’as dit. Je lui ai demandé de faire de moi une petite fille très sage, pas turbulente comme tu le dis souvent. De me rappeler de marcher lentement, de saluer, de dire un mot gentil aux gens que je connais et même à ceux que je ne connais pas ! J’ai prié très fort ! Mais que le chat s’est endormi pendant ma prière, au lieu d’attendre que j’aie fini pour jouer avec moi avec le bout de ficelle rouge ! » Sa grand-mère l’embrassa et la félicita.

Mais le lendemain, Okinestha recommença à sauter, courir, danser, à faire du gymkhana avec son vélo en allant chercher le journal de son grand-père chez le marchant de journaux…

A la fin de la journée, sa grand-mère lui demanda : « Okinestha, je croyais que tu avais prié avec ferveur hier soir.

  • J’ai vraiment prié, grand-mère. J’ai prié Dieu très fort, mais s’il n’a pas fait de moi une petite-fille très calme, très sage, c’est soit il ne peut pas, soit il veut que je sois comme je suis ! »

La grand-mère resta silencieuse. Elle savait que si Dieu était Dieu, ce n’est pas qu’il ne pouvait pas, donc c’est qu’il voulait, probablement, que sa petite fille soit comme elle était. Le soir dans son lit, elle repensa à la réponse d’Okinestha. Elle resta longtemps songeuse. Elle revit une partie de son enfance quand, toute petite fille, elle imaginait qu’elle aurait plus d’amour de ses parents si elle était sage, tranquille et studieuse. Elle croyait, à cette époque, qu’elle serait plus aimée, si elle n’était pas…ce qu’elle était, si elle devenait une autre pour faire plaisir à ses parents et à toute sa famille !

Alors ce soir-là, elle fit une prière pour elle toute seule, dans laquelle elle demanda que sa petite-fille reste vivante, alerte, pleine d’énergie. Elle se rappela avoir lu dans un conte que derrière toute peur il y a un désir. Aussi décida-t-elle que, dès le lendemain, quand elle aurait peur que sa petite-fille se blesse ou soit renversée, elle pourrait s’appuyer sur son désir. Le désir qu’Okinestha puisse vivre sa journée en étant heureuse, joyeuse, pleine d’énergie, et s’endormir le soir avec une belle fatigue qui serait réparée dans la nuit, pour pouvoir recommencer le lendemain à courir, danser, sauter, c’est-à-dire être elle-même. Pour pouvoir être soi-même à chaque moment de sa vie, à tout âge, dans toutes les saisons de son existence.

Source :                                                                                             Jacques SALOME

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