Archives quotidiennes : 19 juin 2013

La rencontre de la Vie et de la Mort…

La rencontre de la Vie et de la Mort….

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Conte, Jacques Salomé: La rencontre de la Vie et de la Mort…

La rencontre de la Vie et de la Mort

Le propre du vivant sur la planète Terre, c’est l’inscription de la finitude dans le déroulement d’une existence. Nous pouvons entendre la finitude non comme une fin en soi, mais comme un passage possible vers un autre état.

De tout temps il a semblé impossible aux humains de faire rencontrer la Vie et la Mort. Quand la vie pleine de vie est présente, la Mort en difficulté ou remplie de prudence se tient à distance. Puis, quand cette dernière se sent la plus forte, elle arrive sans crier gare et c’est la vie qui doit s’éloigner ou disparaître. La mort parfois hésite à s’imposer, quand elle se sent appelée, elle peut s’approcher mais souvent elle décide de repartir, car elle n’aime pas du tout qu’on lui dicte ce qu’elle doit faire. Mais la plus part du temps elle est impitoyable, sans état d’âme, elle fait son métier avec beaucoup de compétence et de sérieux.

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, parce qu’ils la connaissent mal, la Mort n’agit toujours pas brutalement. Le plus souvent c’est avec beaucoup de douceur et de délicatesse qu’elle se présente. Ce qui est brutale, c’est ce qui précède sa venue, tels une maladie, un accident, une violence reçue dans le corps de celui qui va mourir. Autrement, la Mort est quelqu’un de délicat, de sensible et, j’ose le dire, de pudique, qui ne se dévoile qu’avec beaucoup de précautions.

Je ne sais pas qui a servi d’intermédiaire pour organiser une confrontation entre la Vie et la Mort. Ces deux-là ne s’étaient jamais, au grand jamais rencontrées une seule fois de leur vie à l’une comme à l’autre. Maintenant que j’y pense, je crois me rappeler que ce fut le Temps qui proposa la rencontre. Le Temps, donc, s’entretint en premier avec la Mort. Il l’invita à devenir, ou plutôt à redevenir, si jamais elle l’avait été, un enfant. Oh, pendant quelques instants seulement, être ou accepter d’être un enfant.

« Si tu revenais durant quelques heures au temps de ton enfance, peut-être que la Vie, à laquelle je vais faire la même proposition, redevenue elle-même une enfant, acceptera de jouer avec toi, lui dit-il comme entrée en matière.

De jouer avec moi ? S’étonna la mort. Mais je n’ai jamais joué un seul jour de ma vie, je n’ai jamais eu ni le temps ni l’envie d’ailleurs. Pour jouer il faut être heureux, joyeux, disponible, moi c’est à peine si j’ai le temps d’arriver d’un bout à l’autre de la planète pour être là au moment voulu, et faire mon travail, c’est-à-dire aider quelqu’ un à mourir, puis disparaître, me rendre à nouveau invisible. Tu ne sais pas le travail que j’ai ! Certains jours en période de guerre par exemple, de famille, de catastrophe naturelle, si tu savais le nombre de personnes dont je dois m’occuper quasiment en même temps. J’ai bien quelques aides, mais il faut que je sois là, présente chaque fois, même quelque dixièmes de seconde. Il faut que celui ou celle qui meurt sache que c’est moi qui l’emporte, c’est ma mission. Je n’ai pas de temps à perdre pour rencontrer la Vie, nous vivons dans deux mondes bien séparés, je ne vois aucun intérêt à ta proposition ! »

Le Temps argumenta, revint à la charge, lui parla du progrès, de l’évolution, des changements qui se passaient dans le monde, de la nécessité de mieux se connaitre si on voulait vivre en paix. Il insista sur l’enfance, sur les rêves et les jeux de cette période. Rappela l’innocence et la curiosité des enfants, tout ce qui permet à beaucoup de mieux comprendre quelques-uns des mystères du monde…

Après avoir réfléchi, la Mort demanda :

« Je veux bien jouer, je veux bien essayer une fois, une seule fois pour voir, mais je me demande bien à quoi jouer.

  • Au seul jeu que connait la vie, ce jeu s’appelle  ‘’onferaitcommesi’’. On ferait comme si tu dormais, on ferait comme si tu étais un enfant qui s’est endormi en plein jour, au bord de la mer. Qu’en penses-tu ?
  • J’ai encore besoin de réfléchir », dit la Mort.

Le Temps fit la même proposition à la vie. «  Si tu acceptes, la Mort pourrait faire comme si elle dormait, et toi, comme si tu rêvais que tu discutais avec elle… »

Ainsi furent formulées, par le Temps qui sait parfois être d’une patience infinie, les invitations à l’une et à l’autre.

Et c’est comme cela qu’un soir, au soleil couchant, la Mort sortie de son silence et proposa à la Vie de jouer au jeu de « onferaitcommesi », «  comme si je dormais par exemple », et la Vie répondit : « on ferrait comme si je rêvais et que je faisais ta connaissance !

  • Si je faisais comme si je dormais, tu pourrais t’approcher de moi et même déposer quelques rêves dans mon sommeil, moi qui ne rêve jamais… » suggéra la Mort.

La Vie put donc rencontrer la Mort qui faisait comme si elle dormait. Quelques instants plus tard, elle déposa un rêve dans le sommeil de la Mort, qui était tellement fatiguée qu’elle n’avait pu faire semblant et dormait réellement, ce qui ne lui était pas arrivé depuis des siècles. Je dois vous dire que ce fut un moment très court, mais qui fut remarqué par toutes les espèces vivantes, car durant ce temps personne ne mourut dans tout l’univers !

C’est ainsi que la Mort, qui s’était toujours occupée de la mort des autres, rêva de sa propre mort, ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant. C’était quelque chose de doux, de voluptueux presque, de pouvoir se laisser aller, de n’avoir plus de responsabilité, de sentir qu’elle pouvait lâcher prise, renoncer à courir aux quatre coins du monde, à se battre sans arrêt pour ne laisser rien échapper de la moindre souffrance, du plus petit malaise qui aurait mal tourné, de la violence et de l’injustice qui sont les fournisseurs les plus généreux de la Mort. Dans son rêve elle vit la Vie penchée sur elle, qui lui parlait doucement, gentiment. « Je ne veux pas que tu meures ou que tu disparaisses, disait la Vie à la Mort, je sais que ton rôle est très important pour l’équilibre de l’univers, mais je voudrais seulement que parfois tu donnes une seconde chance à ceux qui sont passés à côté de leur vie. Que tu renonce à les emporter trop vite. Que tu accordes un répit à ceux qui n’ont pu découvrir l’amour, à tous ceux qui n’ont pas pu se rencontrer avec leurs possibles et même à ceux qui ont maltraité la parcelle de vie qu’ils ont reçu en dépôt. Je voudrais que tu leur donnes la possibilité de revenir encore un peu près de moi, la Vie, de faire un second essai pour leur permettre de découvrir ainsi combien leur existence vaut la peine d’être vécue. Je te demande de faire cela pour le maximum d’êtres humains, surtout pour ceux que tu sentiras capable de se remettre en cause…

  • Au fond, lui dit la Mort, dans son rêve, tu voudrais que je travaille pour toi, que je donne un surplus de vie à tous ceux qui n’ont pas eu le courage de la vivre en temps plein. Tu ne crois pas que tu exagères de me demander cela, à moi ? Ce n’est pas mon travail de tenter de réconcilier avec la Vie ceux qui veulent mourir !
  • Je sais que ma demande peut paraitre excessive, mais toi aussi tu auras tout à gagner : tu auras enfin des personnes qui vont mourir de plus en plus vivantes et non pas déjà mortes comme beaucoup le sont quand tu arrives près d’elles pour les emporter. Tu sais bien que tout ce qui est vivant sur cette Terre a une fin, toi tu es là à les attendre au bout du chemin. Personne ne sait exactement qui tu es, on t’imagine, on t’a beaucoup représentée, autrefois avec une grande faux, aujourd’hui comme une dame blanche qui prend la main de ceux qui sont en fin de vie, quel que soit leur âge, et qui les fait passer de l’autre côté. Réfléchis bien à ma proposition. »

Quand la Mort se réveilla, de son vrai sommeil, quelques unes des paroles de la Vie résonnaient encore à ses oreilles. On croit savoir que la Vie et la Mort ne se rencontrèrent plus jamais, mais ce qui est certain, c’est que parfois la Mort laisse une deuxième chance de vie à certains et cela plus souvent qu’il n’y paraît. Il m’a semblé, ces dernières années, que j’étais un de ceux-là.

Source :                                                                                             Jacques SALOME

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