Conte, Jacques Salomé: Le conte de la petite chatte qui aimait sans être aimée

Conte :
Le conte de la petite chatte qui aimait sans être aimée

tnNous attribuons à notre amour une toute-puissance qu’il est loin d’avoir. Ce qui nous entraine parfois à vouloir imposer nos sentiments pour tenter de les retrouver chez l’autre, en imaginant qu’ils sont les siens.

Il était une fois une chatte qui avait un grand amour pour un chat. Un amour unique. Cela peut apparaitre banal et ressembler à des millions d’histoire de chat, si cet amour n’avait pas eu une particularité : c’était un amour intense, immense, immensément grand. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce grand amour prenait beaucoup d’espace en elle, non seulement dans son, cœur, mais aussi dans sa tête, dans son ventre, son dos, ses pieds et même dans ses mains, je veux dire ses pattes. Il occupait un espace comme seul un amour de chat peut en prendre à l’intérieur d’une petite chatte amoureuse.

Quand Midinette (c’est ainsi que s’appelait cette chatte) révéla son amour au chat (qui s’appelait Ugo), celui-ci qui voulait être honnête avec elle, ce qui est plus rare qu’on ne croit chez les humains comme chez les chats !) Lui affirma qu’il ne l’aimait pas. Chez les chats cette expression : «  Je ne t’aime pas » est terrible, car elle est entendue par celui qui n’est pas aimé comme un rejet, comme un refus, comme une négation de sa personne. Alors qu’en fait, dire à quelqu’un qu’on ne l’aime pas signifie simplement : «  Je n’éprouve pas de sentiment d’amour en moi pour toi ». Contrairement à toi qui m’offre ton amour, je n’ai pas d’amour à te donner, je ne suis pas dans la réciprocité. Et comme je n’ai aucun pouvoir sur tes sentiments, ni sur les miens, je suis en difficulté. Je ne suis pas sans la même énergie, je ne peux t’offrir d’amour en retour en réponse au tien. » Ugo aurait pu ajouter (et il le fit un peu plus tard, sans être entendu pour autant) : «  Je suis touché par ton amour, je le sens beau et profond, vivant et chaud, mais mes sentiments pour toi sont différents. J’ai une immense admiration pour toi, beaucoup de tendresse et un infini respect, mais je ne peux appeler ‘’amour’’ ce que je ressens. Ce que j’éprouve est bon pour moi, mais ne parait pas répondre à ce que tu pourrais attendre de quelqu’un que tu aimes !»

Mais cette petite chatte était non seulement très amoureuse, mais voulait être aimée par Ugo, seulement de lui, pas d’un autre. Les sentiments de tendresse, d’admiration, de respect qu’il prétendait avoir pour elle lui paraissaient sans valeur. Ce qu’elle voulait, c’était recevoir en retour à son amour un amour aussi fort, aussi unique ! Ainsi que dans un premier temps, de façon très réactionnelle, elle avait, rejeté, disqualifié, considéré comme totalement ridicules les sentiments d’Ugo : « Ce que tu éprouves pour moi ne m’intéresse pas, ma celle demande, c’est d’être aimée par toi ».

Nous pouvons la comprendre, si quelqu’un demande de l’eau et que l’autre offre des vêtements, celui qui veut de l’eau ne se sent ni entendu ni compris. Il est en souffrance de voir que sa demande n’est pas comblée par l’autre, comme si elle n’avait pas de valeur pour lui.

Cependant, comme elle était très amoureuse, elle ne pouvait s’empêcher de penser à Ugo, de manifester son intérêt pour lui, de chercher à le rencontrer, d’imposer sa présence, avec l’espoir que les sentiment de ce chat qui ne l’aimait pas…puisse évoluer, changer de nature et peut-être se transformer un jour, avec le temps, en amour. On croit que cela se passe ainsi chez les humains, mais chez les chats c’est très rare.

Midinette s’en voulait et retournait contre lui la colère qu’elle avait en fait contre elle-même ! Parfois elle était en rage de se sentir impuissante à modifier les sentiments d’Ugo. Dans chacune de leurs rencontres qu’elle provoquait, elle lui reprochait silencieusement de ne pas éprouver de sentiments semblables aux siens, ce qui créait beaucoup de tensions entre eux.  Chaque fois qu’ils se voyaient s’installait un paradoxe. D’un côté, elle souhaitait sa présence, elle aimait respirer son odeur, l’entendre parler, agir et, de l’autre, elle ne supportait pas qu’il ne manifeste aucun amour à son égard. Elle s’en voulait beaucoup d’aimer un chat qui n’était même pas capable d’éprouver un amour qui soit au moins d’une intensité égale à celui qu’elle éprouvait. Mais elle n’arrivait pas à renoncer à rechercher la présence d’Ugo, ce qui l’irritait encore plus !

Avec les années, elle alla de déception en déception, d’insatisfaction en insatisfaction, de colère en colère, de décision de ne plus le voir en décision de l’ignore à jamais. Avec le résultat que vous connaissez : elle n’arrêtait pas de penser, de rêver à lui, d’imaginer qu’un jour peut-être il pourrait quand même …quelque chose de plus puissant que sa volonté poussait Midinette à ne pas se décourager, à espérer un miracle, un changement chez Ugo. Elle trouvait pleins de prétextes pour aller vers lui, son cœur la poussait vers ce chat qui ne l’aimait pas. Parfois elle pouvait accueillir ses attentions, sa tendresse, sa gentillesse, mais à ce moment-là, c’est elle qui s’en voulait. Elle s’éloignait, habitée par un sentiment de colère contre le monde entier. Et se trouvait chaque fois plus amère, découragée, brisée et meurtrie, avec des sentiments très négatifs contre celui qui, hors de toute pensait-elle, aurait dû l’aimer !

Elle ne comprenait pas qu’elle était prisonnière de deux malentendus.

Le premier était de ne pas vouloir entendre que celui qui ne l’aimait pas ne rejetait ni sa personne ni son amour seulement qu’il ne se sentait pas le droit d’y répondre, puisqu’il n’éprouvait pas d’amour. Il faut savoir qu’au pays des chats, l’amour ne se commande pas. On ne peut se dicter d’aimer si on n’aime pas ou de ne plus aimer si on aime.

Le second malentendu était de ne pas faire assez confiance à son amour, de ne pas s’appuyer dessus comme sur une force, une énergie qui pouvait la soutenir, la guider et la dynamiser dans sa vie. Elle ne savait pas encore qu’un amour peut exister par lui-même, qu’un véritable amour n’a pas besoin d’un amour en miroir, qu’il possède une force qui lui est propre, qu’il a une vie en lui, qu’il n’a pas besoin nécessairement de se nourrir des sentiments de l’autre.

Midinette pressentait bien que cet amour que Ugo l’avait portée, embellie, qu’il lui avait permis de grandir de l’intérieur, qu’il lui avait donné d’établir des reliances, des liens importants dans son histoire. Mais, à l’autre moment, elle ne pouvait s’empêcher de lutter contre cet amour, elle tentait de le tuer en elle, de le rejeter comme quelque chose de nocif pour elle. D’autres fois encore, elle se désespérait en pensant qu’elle avait perdu beaucoup de temps à aimer pour rien, comme elle disait, elle était passée à côté de sa vie, qu’elle méritait mieux, qu’elle aurait dû, qu’elle n’aurait pas dû…

Ces dernières années, elle croyait même avoir perdu jusqu’à ses repères intérieurs. Elle imaginait qu’elle ne pourrait plus éprouver de joie, de plaisir à aimer quelqu’un, elle avait le sentiment très douloureux d’errer sans direction, sans but, en ayant l’impression que sa vie n’avait pas de sens. Elle ne savait pas encore que cet amour immense qu’elle avait pour Ugo était un ancrage, une fondation dans son histoire. Elle ne savait pas que le plus important n’était pas l’objet de son amour, c’est-à-dire Ugo, le chat qu’elle aimait, ce chat qui occupait l’essentiel de ses pensées, mais ce sentiment très fort qu’elle éprouvait, son amour lui-même qui la dynamisait et l’embellissait. Que c’était ce sentiment unique en elle qu’il lui fallait protéger, préserver et nourrir, qu’elle devait arrêter de le nier, de tenter de l’étouffer ou de vouloir en diminuer l’intensité. Elle avait un chemin difficile à parcourir, celui d’accepter de se sentir aimante, plus qu’aimantée. De découvrir tout le bon qui pourrait se vivre en elle, si elle acceptait d’aimer aussi ses propres sentiments, si elle décidait d’en prendre soin, de les respecter et de les laisser vivre en elle en les honorant à chaque instant.

Quand un amour n’est pas reçu par l’autre en réciprocité, quand il n’est pas accueilli par un sentiment de réponse, il n’y a pas d’autre issue que prendre soin de cet amour en soi. Cette démarche s’appelle respecter ses propres sentiments.

                                                                                                          Jacques SALOME

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Catégories : POESIE | Un commentaire

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Une réflexion sur “Conte, Jacques Salomé: Le conte de la petite chatte qui aimait sans être aimée

  1. feutam

    ce texte est très enrichissant je trouve
    parce qu’il montre à certaines chattes
    le comportement des chats victimes de non réciprocité
    de leur amour.
    rien à dire ce texte est le plus claire possible,
    et le plus vrai possible même dans la vie de
    tous les jours!!!!

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