Archives mensuelles : juin 2013

femme = Bluetooth !?!

Couple Holding Hands« Une femme c’est comme le Bluetooth…si tu restes à ses côtés elle reste connectée. Mais si tu t’éloignes elle cherche d’autres périphériques. Un homme en revanche est comme le WIFI plusieurs utilisatrices peuvent s’y connecter s’il n’est pas sécurisé! »

                                                          Abraham Traoré, Mali


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Mandela: l’ambulance est tombée en panne…

 

Men read a newspaper next to a stall in Soweto
« l’ambulance qui transportait de toute urgence Nelson Mandela à l’hôpital le 8 juin dernier est tombée en panne et une autre a dû être appelée »

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De belles citations rien que pour vous! votre avis nous intéresse!

« L’amour c’est comme la guerre. On sait quand ça commence jamais quand ça finit » 

« Quand la vie vous tend un citron, il faut dire mmm…j’adore les citron. Vous avez quoi d’autre ? (Henri Rollins)

« On peut toujours rêver de ce dont on a envie. Mais il faut travailler pour avoir ce dont a besoin »

«  C’est dans tes yeux que je me vois le mieux » (Peter Gabriel

« J’ai peur de ne pas avoir assez de temps. Pas assez de temps pour comprendre les gens, savoir ce qu’ils sont vraiment, et qu’ils me comprennent aussi »

                        Ces quelques belles phrases sont tirées du livre : « Quatre filles et un Jean » de ANN Brashares.

 

« L’homme superstitieux ne se sent responsable de rien de ce qui lui arrive. C’est toujours le sort, ceux sont les dieux, les ancêtres, c’est le voisin. Le responsable de l’événement heureux  c’est la divinité, ou à la rigueur le bon ancêtre, l’événement malheureux est le fait d’une volonté perse » (De la Médiocrité à l’Excellence)

« Au-delà de la raison et de la foi, il y a l’inconnu, le mystère, l’aventure humaine qui est elle-même inconnue et pour laquelle nous avons besoin de beaucoup de raison et de beaucoup de foi » (Edgar Morin)

«  L’homme que nous connaissons, celui auquel nous avons affaire, celui que nous sommes nous-mêmes est loup, loup transformé en agneau par la peur des autres ou fier de l’être » (Eric Weil)

« L’hommes est l’être qui se situe entre le silence de Dieu et le mutisme de l’animal » (Eric Weil)

«  Je me suis souvent étonné, je ne dis pas que des chrétiens, mais simplement des hommes en arrivent à ce point de folie de mettre tant d’efforts, d’argent, de courage à s’assurer leur perte mutuelle…Toutes les bêtes ne se battent pas, mais seulement les fauves : elles ne se battent pas seulement à l’intérieur d’une seule espèce, elles se battent avec leur armes naturelles, et non comme nous, avec des machines nées d’un art diabolique, elles ne se battent pas pour l’importe quoi, mais pour leurs petits et pour leur nourriture. La plupart de nos guerres naissent de l’ambition ou de la colère ou de la luxure ou d’une autre maladie de l’âme » (Erasme)

« Nous parlerons contre les lois insensées jusqu’à ce qu’on les reforme, et, en attendant nous nous y soumettons car il y a moins d’inconvénients à être fou avec des fous qu’à être sage tout seul » (Diderot)

« Sachez être ignorant : vous ne tromperez ni vous ni les autres » (Paroles du Vicaire Savoyard)

«  Combien y a -t-il d’hommes qui vivent du sang et de la vie des innocents, les uns comme des tigres, toujours farouches et toujours cruels, d’autres comme des lions, en gardant quelque apparence de générosité, d’autres comme des ours grossiers et avides, d’autres comme des loups, ravissants et impitoyables, d’autres comme des renards, qui vivent d’industrie et dont le métier est de tromper »

« Nos paroles donnent la vie ou la mort. Servons-nous en avec le plus grand soin»

 (Rick Joyner, Marcher vers sa destinée)

 

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le pouvoir est dans la rue

 

A Bamako le POUVOIR est dans la RUE. On se demande bien qui tient le volent dans ce pays, qui dirige vraiment: Le professeur Dioucounda, son rôle est réduit à celui d’une marionnette, Hollande et l’ONU ignorent le Capitaine Sanogo et le réduisent au silence, le fameux Blaise Compaoré, le président très démocratiquement élu de la Rép très très démocratique du Fao, un embrouillé-embrouilleur qu’on appelle médiateur s’embrouille, il ne reste plus que hollande je veux dire la France qui tient le volant et pour quelle direction, c’est connu: le chao. De toute façon il fallait s’y attendre. Le Mali paye le prix de l’intervention française. C’est le monde des affaires: « fifty-fifty »

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Le conte de la petite fille qui était ce qu’elle était…

Le conte de la petite fille qui était ce qu’elle était…

L’enfance devrait être un royaume unique dans lequel chaque enfant pourrait grandir, développer ses possibles et devenir ce qu’il est avec le soutien et la liberté d’être de tous ceux qui l’entourent.

Il était une fois une petite fille qui s’appelait Okinestha ce qui voulait dire dans la langue de son pays  «  Rayon de soleil déposé sur le miel de la vie ». Dans ce pays-là en effet, on donnait aux enfants des noms simples, qui avaient du sens. Tous les parents avaient le souci de donner un nom qui contenait un message important en direction de leurs enfants, un message positif susceptible de les guider tout au long de leur vie. Je sais que dans d’autres pays, comme le nôtre par exemple, on donne un prénom attaché à une tradition familiale, ou encore un prénom à la mode porté par une actrice, un acteur, un personnage populaire ou encore le nom d’un saint, d’une sainte dont on espère qu’il veillera sur l’enfant.

Les habitants de ce pays croyaient en un dieu personnel. Un dieu bienveillant, protecteur et juste. Même si chacun était persuadé que son dieu était le seul, le meilleur et surtout le plus compréhensif, ils avaient beaucoup de respect et de tolérance pour les dieux des autres croyances, qui eux aussi à leur façon avaient tous d’excellentes qualités, surtout aux yeux de ceux qui les honoraient.

Mais revenons à Okinestha. Le message contenu dans son prénom semblait avoir été bien reçu par cette enfant. C’était une petite fille pleine de ressources, douce et très vivante. Comme chaque matin, ce jour-là, elle courait déjà partout dans la maison, sautait, lançait ses bras en l’air, faisait des pirouettes, des cabrioles, grimpait les marches des escaliers trois par trois et les descendait en se laissant glisser sur la rampe. Soudain elle dévala la rue à toute vitesse sur son vélo, fit un demi-tour en un clin d’œil puis repartit en sens inverse, pour freiner juste devant le marchand de journaux. Et là elle lança une pièce de monnaie au vendeur, lequel, étant habitué, l’attrapa d’une seule main et de l’autre lui lança le journal déjà plié en huit, qu’elle mit aussitôt entre ses dents. Tout cela en continuant à pédaler sur place.

Puis, comme mue par un ressort, elle repartit à toute vitesse jusqu’à la maison de ses grands-parents. Là elle jeta son vélo sur la pelouse, sauta par la fenêtre ouverte du salon et d’une seule glissade très élégante, les deux pieds bien joints, elle arriva jusqu’au fauteuil de son grand-père, lui mit une mais sur les yeux et de l’autre déposa le journal sur ses genoux. Elle repartit d’un bond et je ne peux vous dire (car je suis un peu essoufflé) tout ce qu’elle fit encore dans la matinée, dans l’après-midi et jusque tard dans la soirée. Un livre tout entier n’y suffirait pas.

Donc vous l’avez deviné sans peine, Okinestha était très turbulente. Je sais, le mot est un peu faible pour la caractériser, mais je n’en ai pas d’autres pour l’instant. Je laisse ici un peu de place pour que vous puissiez, vous qui me lisez, noter d’autres termes qui vous sembleraient plus appropriés. Comme vous pouvez l’imaginer sans peine, la grand-mère d’Okinestha, qui élevait sa petite-fille, était en fin de journée absolument épuisée. Epuisée par le tourbillon qui passait à tout moment devant, derrière, au-dessus, au-dessous d’elle. Fatiguée de se demander ce que celle-ci allait encore pouvoir inventer ou faire. Inquiète aussi de tout ce qui risquait de lui arriver si elle tombait, heurtait un meuble, se faisait renverser ou encore provoquait un accident, tant Okinestha était imprévisible.

Ce soir-là, après le repas, elle demanda à Okinestha de s’asseoir sur ses genoux. Ce que la petite fit sans hésitation en sautant à pieds joints dans le giron de sa grand-mère et en posant sa tête contre sa poitrine, tout en tortillant un bout du corsage de la vieille dame.

« Okinestha, je voudrais te faire une demande. » la petite hocha la tête en signe d’accord. « Je voudrais que tu acceptes d’ajouter quelque chose à ta prière du soir, quelque chose d’important. » Okinestha continua à hocher la tête, manifestement toujours d’accord.

« Pourrais-tu demander à ton dieu, celui auquel tu crois, qu’il fasse de toi une petite fille très sage ? Une petite fille qui apprenne à marcher lentement, à ne pas sauter à tout instant, à faire du vélo sans vouloir à tout prix faire une course d’obstacles, à s’arrêter devant les gens et les saluer gentiment, leur dire bonjour et un mot gentil : ‘’comment allez-vous, avez-vous passé une bonne nuit, votre chien est-il guéri ?’’

  • Oui, mais s’ils n’ont pas de chien, qu’est-ce que je vais leur demander ?
  • Là tu inventes, tu peux leur demander s’ils sont contents du temps qu’il fait, s’ils ont reçu des nouvelles de leur parenté.
  • Et si leur enfant est mort comme le fils de notre voisine, Mme Simba, je peux lui demander s’il est heureux au ciel ?
  • Je ne sais pas si tu peux aller jusque-là, mais pour l’instant demande à ton dieu d’être gentille et sociable avec les gens que tu rencontres. Pourrais-tu lui demander aussi de t’inviter de ne pas transformer ton lit en trampoline, ni le salon en patinoire ou les escaliers en piste de ski ?
  • Grand-mère, tu crois que je peux lui demander tout cela ? tu m’as dit une fois qu’il était très occupé à essayer de réparer tous les malheurs du monde, de diminuer les injustices, d’éviter que les guerres ne durent trop longtemps, que les famines qu’il y a dans le monde disparaissent ! Cela fait beaucoup de travail pour un seul dieu ! Tu ne crois pas que je risque de l’embêter avec ces petites choses sans importance ?
  • Je crois savoir que Dieu a beaucoup de patience, qu’il dispose de beaucoup de moyens que nous ne connaissons pas, et je suis persuadée que si tu lui demandes de devenir une petite fille plus sage, dans une prière sincère, je crois qu’il t’écoutera, car je sais qu’il accorde beaucoup d’attention et d’importance aux enfants.
  • Mais grand-mère, tu as dit une fois que Dieu devait être un peu sourd et aveugle parfois quand il laisse faire les terroristes avec tous ces attentats !
  • Ce n’est pas tout à fait le même problème. C’est très complexe à comprendre, même pour les adultes. Les terroristes ont souvent un dieu, parfois le même ou, s’ils ont des croyances différentes, un dieu qu’ils appellent par un autre nom, auquel ils demandent parfois de l’aide pour que les attentats réussissent. Mais là n’est pas la question, ma chérie. Toi, es-tu d’accord pour demander à ton dieu de devenir une petite fille calme, sage et tout à fait sociable ? »

Okinestha accepta et promit d’ajouter toutes ces demandes à sa prière du soir.

Un peu plus tard, quand sa grand-mère vint l’embrasser dans sa chambre, celle-ci lui demanda : « As-tu prié Dieu ?

  • Oui, grand-mère. J’ai prié très fort, à haute voix pour qu’il m’entende bien !
  • Et qu’as-tu demandé ?
  • Exactement ce que tu m’as dit. Je lui ai demandé de faire de moi une petite fille très sage, pas turbulente comme tu le dis souvent. De me rappeler de marcher lentement, de saluer, de dire un mot gentil aux gens que je connais et même à ceux que je ne connais pas ! J’ai prié très fort ! Mais que le chat s’est endormi pendant ma prière, au lieu d’attendre que j’aie fini pour jouer avec moi avec le bout de ficelle rouge ! » Sa grand-mère l’embrassa et la félicita.

Mais le lendemain, Okinestha recommença à sauter, courir, danser, à faire du gymkhana avec son vélo en allant chercher le journal de son grand-père chez le marchant de journaux…

A la fin de la journée, sa grand-mère lui demanda : « Okinestha, je croyais que tu avais prié avec ferveur hier soir.

  • J’ai vraiment prié, grand-mère. J’ai prié Dieu très fort, mais s’il n’a pas fait de moi une petite-fille très calme, très sage, c’est soit il ne peut pas, soit il veut que je sois comme je suis ! »

La grand-mère resta silencieuse. Elle savait que si Dieu était Dieu, ce n’est pas qu’il ne pouvait pas, donc c’est qu’il voulait, probablement, que sa petite fille soit comme elle était. Le soir dans son lit, elle repensa à la réponse d’Okinestha. Elle resta longtemps songeuse. Elle revit une partie de son enfance quand, toute petite fille, elle imaginait qu’elle aurait plus d’amour de ses parents si elle était sage, tranquille et studieuse. Elle croyait, à cette époque, qu’elle serait plus aimée, si elle n’était pas…ce qu’elle était, si elle devenait une autre pour faire plaisir à ses parents et à toute sa famille !

Alors ce soir-là, elle fit une prière pour elle toute seule, dans laquelle elle demanda que sa petite-fille reste vivante, alerte, pleine d’énergie. Elle se rappela avoir lu dans un conte que derrière toute peur il y a un désir. Aussi décida-t-elle que, dès le lendemain, quand elle aurait peur que sa petite-fille se blesse ou soit renversée, elle pourrait s’appuyer sur son désir. Le désir qu’Okinestha puisse vivre sa journée en étant heureuse, joyeuse, pleine d’énergie, et s’endormir le soir avec une belle fatigue qui serait réparée dans la nuit, pour pouvoir recommencer le lendemain à courir, danser, sauter, c’est-à-dire être elle-même. Pour pouvoir être soi-même à chaque moment de sa vie, à tout âge, dans toutes les saisons de son existence.

Source :                                                                                             Jacques SALOME

Contes d’errances

Contes d’espérance

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La rencontre de la Vie et de la Mort…

La rencontre de la Vie et de la Mort….

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Conte, Jacques Salomé: La rencontre de la Vie et de la Mort…

La rencontre de la Vie et de la Mort

Le propre du vivant sur la planète Terre, c’est l’inscription de la finitude dans le déroulement d’une existence. Nous pouvons entendre la finitude non comme une fin en soi, mais comme un passage possible vers un autre état.

De tout temps il a semblé impossible aux humains de faire rencontrer la Vie et la Mort. Quand la vie pleine de vie est présente, la Mort en difficulté ou remplie de prudence se tient à distance. Puis, quand cette dernière se sent la plus forte, elle arrive sans crier gare et c’est la vie qui doit s’éloigner ou disparaître. La mort parfois hésite à s’imposer, quand elle se sent appelée, elle peut s’approcher mais souvent elle décide de repartir, car elle n’aime pas du tout qu’on lui dicte ce qu’elle doit faire. Mais la plus part du temps elle est impitoyable, sans état d’âme, elle fait son métier avec beaucoup de compétence et de sérieux.

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, parce qu’ils la connaissent mal, la Mort n’agit toujours pas brutalement. Le plus souvent c’est avec beaucoup de douceur et de délicatesse qu’elle se présente. Ce qui est brutale, c’est ce qui précède sa venue, tels une maladie, un accident, une violence reçue dans le corps de celui qui va mourir. Autrement, la Mort est quelqu’un de délicat, de sensible et, j’ose le dire, de pudique, qui ne se dévoile qu’avec beaucoup de précautions.

Je ne sais pas qui a servi d’intermédiaire pour organiser une confrontation entre la Vie et la Mort. Ces deux-là ne s’étaient jamais, au grand jamais rencontrées une seule fois de leur vie à l’une comme à l’autre. Maintenant que j’y pense, je crois me rappeler que ce fut le Temps qui proposa la rencontre. Le Temps, donc, s’entretint en premier avec la Mort. Il l’invita à devenir, ou plutôt à redevenir, si jamais elle l’avait été, un enfant. Oh, pendant quelques instants seulement, être ou accepter d’être un enfant.

« Si tu revenais durant quelques heures au temps de ton enfance, peut-être que la Vie, à laquelle je vais faire la même proposition, redevenue elle-même une enfant, acceptera de jouer avec toi, lui dit-il comme entrée en matière.

De jouer avec moi ? S’étonna la mort. Mais je n’ai jamais joué un seul jour de ma vie, je n’ai jamais eu ni le temps ni l’envie d’ailleurs. Pour jouer il faut être heureux, joyeux, disponible, moi c’est à peine si j’ai le temps d’arriver d’un bout à l’autre de la planète pour être là au moment voulu, et faire mon travail, c’est-à-dire aider quelqu’ un à mourir, puis disparaître, me rendre à nouveau invisible. Tu ne sais pas le travail que j’ai ! Certains jours en période de guerre par exemple, de famille, de catastrophe naturelle, si tu savais le nombre de personnes dont je dois m’occuper quasiment en même temps. J’ai bien quelques aides, mais il faut que je sois là, présente chaque fois, même quelque dixièmes de seconde. Il faut que celui ou celle qui meurt sache que c’est moi qui l’emporte, c’est ma mission. Je n’ai pas de temps à perdre pour rencontrer la Vie, nous vivons dans deux mondes bien séparés, je ne vois aucun intérêt à ta proposition ! »

Le Temps argumenta, revint à la charge, lui parla du progrès, de l’évolution, des changements qui se passaient dans le monde, de la nécessité de mieux se connaitre si on voulait vivre en paix. Il insista sur l’enfance, sur les rêves et les jeux de cette période. Rappela l’innocence et la curiosité des enfants, tout ce qui permet à beaucoup de mieux comprendre quelques-uns des mystères du monde…

Après avoir réfléchi, la Mort demanda :

« Je veux bien jouer, je veux bien essayer une fois, une seule fois pour voir, mais je me demande bien à quoi jouer.

  • Au seul jeu que connait la vie, ce jeu s’appelle  ‘’onferaitcommesi’’. On ferait comme si tu dormais, on ferait comme si tu étais un enfant qui s’est endormi en plein jour, au bord de la mer. Qu’en penses-tu ?
  • J’ai encore besoin de réfléchir », dit la Mort.

Le Temps fit la même proposition à la vie. «  Si tu acceptes, la Mort pourrait faire comme si elle dormait, et toi, comme si tu rêvais que tu discutais avec elle… »

Ainsi furent formulées, par le Temps qui sait parfois être d’une patience infinie, les invitations à l’une et à l’autre.

Et c’est comme cela qu’un soir, au soleil couchant, la Mort sortie de son silence et proposa à la Vie de jouer au jeu de « onferaitcommesi », «  comme si je dormais par exemple », et la Vie répondit : « on ferrait comme si je rêvais et que je faisais ta connaissance !

  • Si je faisais comme si je dormais, tu pourrais t’approcher de moi et même déposer quelques rêves dans mon sommeil, moi qui ne rêve jamais… » suggéra la Mort.

La Vie put donc rencontrer la Mort qui faisait comme si elle dormait. Quelques instants plus tard, elle déposa un rêve dans le sommeil de la Mort, qui était tellement fatiguée qu’elle n’avait pu faire semblant et dormait réellement, ce qui ne lui était pas arrivé depuis des siècles. Je dois vous dire que ce fut un moment très court, mais qui fut remarqué par toutes les espèces vivantes, car durant ce temps personne ne mourut dans tout l’univers !

C’est ainsi que la Mort, qui s’était toujours occupée de la mort des autres, rêva de sa propre mort, ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant. C’était quelque chose de doux, de voluptueux presque, de pouvoir se laisser aller, de n’avoir plus de responsabilité, de sentir qu’elle pouvait lâcher prise, renoncer à courir aux quatre coins du monde, à se battre sans arrêt pour ne laisser rien échapper de la moindre souffrance, du plus petit malaise qui aurait mal tourné, de la violence et de l’injustice qui sont les fournisseurs les plus généreux de la Mort. Dans son rêve elle vit la Vie penchée sur elle, qui lui parlait doucement, gentiment. « Je ne veux pas que tu meures ou que tu disparaisses, disait la Vie à la Mort, je sais que ton rôle est très important pour l’équilibre de l’univers, mais je voudrais seulement que parfois tu donnes une seconde chance à ceux qui sont passés à côté de leur vie. Que tu renonce à les emporter trop vite. Que tu accordes un répit à ceux qui n’ont pu découvrir l’amour, à tous ceux qui n’ont pas pu se rencontrer avec leurs possibles et même à ceux qui ont maltraité la parcelle de vie qu’ils ont reçu en dépôt. Je voudrais que tu leur donnes la possibilité de revenir encore un peu près de moi, la Vie, de faire un second essai pour leur permettre de découvrir ainsi combien leur existence vaut la peine d’être vécue. Je te demande de faire cela pour le maximum d’êtres humains, surtout pour ceux que tu sentiras capable de se remettre en cause…

  • Au fond, lui dit la Mort, dans son rêve, tu voudrais que je travaille pour toi, que je donne un surplus de vie à tous ceux qui n’ont pas eu le courage de la vivre en temps plein. Tu ne crois pas que tu exagères de me demander cela, à moi ? Ce n’est pas mon travail de tenter de réconcilier avec la Vie ceux qui veulent mourir !
  • Je sais que ma demande peut paraitre excessive, mais toi aussi tu auras tout à gagner : tu auras enfin des personnes qui vont mourir de plus en plus vivantes et non pas déjà mortes comme beaucoup le sont quand tu arrives près d’elles pour les emporter. Tu sais bien que tout ce qui est vivant sur cette Terre a une fin, toi tu es là à les attendre au bout du chemin. Personne ne sait exactement qui tu es, on t’imagine, on t’a beaucoup représentée, autrefois avec une grande faux, aujourd’hui comme une dame blanche qui prend la main de ceux qui sont en fin de vie, quel que soit leur âge, et qui les fait passer de l’autre côté. Réfléchis bien à ma proposition. »

Quand la Mort se réveilla, de son vrai sommeil, quelques unes des paroles de la Vie résonnaient encore à ses oreilles. On croit savoir que la Vie et la Mort ne se rencontrèrent plus jamais, mais ce qui est certain, c’est que parfois la Mort laisse une deuxième chance de vie à certains et cela plus souvent qu’il n’y paraît. Il m’a semblé, ces dernières années, que j’étais un de ceux-là.

Source :                                                                                             Jacques SALOME

                                            Contes d’errances

Contes d’espérance

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Conte, Jacques Salomé: Le conte de la petite chatte qui aimait sans être aimée

Conte : Le conte de la petite chatte qui aimait sans être aimée

tnNous attribuons à notre amour une toute-puissance qu’il est loin d’avoir. Ce qui nous entraine parfois à vouloir imposer nos sentiments pour tenter de les retrouver chez l’autre, en imaginant qu’ils sont les siens.

Il était une fois une chatte qui avait un grand amour pour un chat. Un amour unique. Cela peut apparaitre banal et ressembler à des millions d’histoire de chat, si cet amour n’avait pas eu une particularité : c’était un amour intense, immense, immensément grand. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce grand amour prenait beaucoup d’espace en elle, non seulement dans son, cœur, mais aussi dans sa tête, dans son ventre, son dos, ses pieds et même dans ses mains, je veux dire ses pattes. Il occupait un espace comme seul un amour de chat peut en prendre à l’intérieur d’une petite chatte amoureuse.

Quand Midinette (c’est ainsi que s’appelait cette chatte) révéla son amour au chat (qui s’appelait Ugo), celui-ci qui voulait être honnête avec elle, ce qui est plus rare qu’on ne croit chez les humains comme chez les chats !) Lui affirma qu’il ne l’aimait pas. Chez les chats cette expression : «  Je ne t’aime pas » est terrible, car elle est entendue par celui qui n’est pas aimé comme un rejet, comme un refus, comme une négation de sa personne. Alors qu’en fait, dire à quelqu’un qu’on ne l’aime pas signifie simplement : «  Je n’éprouve pas de sentiment d’amour en moi pour toi ». Contrairement à toi qui m’offre ton amour, je n’ai pas d’amour à te donner, je ne suis pas dans la réciprocité. Et comme je n’ai aucun pouvoir sur tes sentiments, ni sur les miens, je suis en difficulté. Je ne suis pas sans la même énergie, je ne peux t’offrir d’amour en retour en réponse au tien. » Ugo aurait pu ajouter (et il le fit un peu plus tard, sans être entendu pour autant) : «  Je suis touché par ton amour, je le sens beau et profond, vivant et chaud, mais mes sentiments pour toi sont différents. J’ai une immense admiration pour toi, beaucoup de tendresse et un infini respect, mais je ne peux appeler ‘’amour’’ ce que je ressens. Ce que j’éprouve est bon pour moi, mais ne parait pas répondre à ce que tu pourrais attendre de quelqu’un que tu aimes !»

Mais cette petite chatte était non seulement très amoureuse, mais voulait être aimée par Ugo, seulement de lui, pas d’un autre. Les sentiments de tendresse, d’admiration, de respect qu’il prétendait avoir pour elle lui paraissaient sans valeur. Ce qu’elle voulait, c’était recevoir en retour à son amour un amour aussi fort, aussi unique ! Ainsi que dans un premier temps, de façon très réactionnelle, elle avait, rejeté, disqualifié, considéré comme totalement ridicules les sentiments d’Ugo : « Ce que tu éprouves pour moi ne m’intéresse pas, ma celle demande, c’est d’être aimée par toi ».

Nous pouvons la comprendre, si quelqu’un demande de l’eau et que l’autre offre des vêtements, celui qui veut de l’eau ne se sent ni entendu ni compris. Il est en souffrance de voir que sa demande n’est pas comblée par l’autre, comme si elle n’avait pas de valeur pour lui.

Cependant, comme elle était très amoureuse, elle ne pouvait s’empêcher de penser à Ugo, de manifester son intérêt pour lui, de chercher à le rencontrer, d’imposer sa présence, avec l’espoir que les sentiment de ce chat qui ne l’aimait pas…puisse évoluer, changer de nature et peut-être se transformer un jour, avec le temps, en amour. On croit que cela se passe ainsi chez les humains, mais chez les chats c’est très rare.

Midinette s’en voulait et retournait contre lui la colère qu’elle avait en fait contre elle-même ! Parfois elle était en rage de se sentir impuissante à modifier les sentiments d’Ugo. Dans chacune de leurs rencontres qu’elle provoquait, elle lui reprochait silencieusement de ne pas éprouver de sentiments semblables aux siens, ce qui créait beaucoup de tensions entre eux.  Chaque fois qu’ils se voyaient s’installait un paradoxe. D’un côté, elle souhaitait sa présence, elle aimait respirer son odeur, l’entendre parler, agir et, de l’autre, elle ne supportait pas qu’il ne manifeste aucun amour à son égard. Elle s’en voulait beaucoup d’aimer un chat qui n’était même pas capable d’éprouver un amour qui soit au moins d’une intensité égale à celui qu’elle éprouvait. Mais elle n’arrivait pas à renoncer à rechercher la présence d’Ugo, ce qui l’irritait encore plus !

Avec les années, elle alla de déception en déception, d’insatisfaction en insatisfaction, de colère en colère, de décision de ne plus le voir en décision de l’ignore à jamais. Avec le résultat que vous connaissez : elle n’arrêtait pas de penser, de rêver à lui, d’imaginer qu’un jour peut-être il pourrait quand même …quelque chose de plus puissant que sa volonté poussait Midinette à ne pas se décourager, à espérer un miracle, un changement chez Ugo. Elle trouvait pleins de prétextes pour aller vers lui, son cœur la poussait vers ce chat qui ne l’aimait pas. Parfois elle pouvait accueillir ses attentions, sa tendresse, sa gentillesse, mais à ce moment-là, c’est elle qui s’en voulait. Elle s’éloignait, habitée par un sentiment de colère contre le monde entier. Et se trouvait chaque fois plus amère, découragée, brisée et meurtrie, avec des sentiments très négatifs contre celui qui, hors de toute pensait-elle, aurait dû l’aimer !

Elle ne comprenait pas qu’elle était prisonnière de deux malentendus.

Le premier était de ne pas vouloir entendre que celui qui ne l’aimait pas ne rejetait ni sa personne ni son amour seulement qu’il ne se sentait pas le droit d’y répondre, puisqu’il n’éprouvait pas d’amour. Il faut savoir qu’au pays des chats, l’amour ne se commande pas. On ne peut se dicter d’aimer si on n’aime pas ou de ne plus aimer si on aime.

Le second malentendu était de ne pas faire assez confiance à son amour, de ne pas s’appuyer dessus comme sur une force, une énergie qui pouvait la soutenir, la guider et la dynamiser dans sa vie. Elle ne savait pas encore qu’un amour peut exister par lui-même, qu’un véritable amour n’a pas besoin d’un amour en miroir, qu’il possède une force qui lui est propre, qu’il a une vie en lui, qu’il n’a pas besoin nécessairement de se nourrir des sentiments de l’autre.

Midinette pressentait bien que cet amour que Ugo l’avait portée, embellie, qu’il lui avait permis de grandir de l’intérieur, qu’il lui avait donné d’établir des reliances, des liens importants dans son histoire. Mais, à l’autre moment, elle ne pouvait s’empêcher de lutter contre cet amour, elle tentait de le tuer en elle, de le rejeter comme quelque chose de nocif pour elle. D’autres fois encore, elle se désespérait en pensant qu’elle avait perdu beaucoup de temps à aimer pour rien, comme elle disait, elle était passée à côté de sa vie, qu’elle méritait mieux, qu’elle aurait dû, qu’elle n’aurait pas dû…

Ces dernières années, elle croyait même avoir perdu jusqu’à ses repères intérieurs. Elle imaginait qu’elle ne pourrait plus éprouver de joie, de plaisir à aimer quelqu’un, elle avait le sentiment très douloureux d’errer sans direction, sans but, en ayant l’impression que sa vie n’avait pas de sens. Elle ne savait pas encore que cet amour immense qu’elle avait pour Ugo était un ancrage, une fondation dans son histoire. Elle ne savait pas que le plus important n’était pas l’objet de son amour, c’est-à-dire Ugo, le chat qu’elle aimait, ce chat qui occupait l’essentiel de ses pensées, mais ce sentiment très fort qu’elle éprouvait, son amour lui-même qui la dynamisait et l’embellissait. Que c’était ce sentiment unique en elle qu’il lui fallait protéger, préserver et nourrir, qu’elle devait arrêter de le nier, de tenter de l’étouffer ou de vouloir en diminuer l’intensité. Elle avait un chemin difficile à parcourir, celui d’accepter de se sentir aimante, plus qu’aimantée. De découvrir tout le bon qui pourrait se vivre en elle, si elle acceptait d’aimer aussi ses propres sentiments, si elle décidait d’en prendre soin, de les respecter et de les laisser vivre en elle en les honorant à chaque instant.

Quand un amour n’est pas reçu par l’autre en réciprocité, quand il n’est pas accueilli par un sentiment de réponse, il n’y a pas d’autre issue que prendre soin de cet amour en soi. Cette démarche s’appelle respecter ses propres sentiments.

                                                                                                          Jacques SALOME

                                                                                                          Contes d’errances

Contes d’espérance

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Nelson Mandela

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Avant sa condamnation à la prison à vie, Nelson Mandela a prononcé ces mots : Au cours de ma vie, je me suis entièrement consacré à la lutte du peuple africain. J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. J’espère vivre assez pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir

 » On ne peut pas changer les gens. On peut juste leur montrer un chemin, puis leur donner envie de l’emprunter »

    

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Dissertation: Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ? ( sujet de philo,Tle toutes series)

Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ?

Dans l’expérience la justice est appréhendée comme une aspiration, une réaction profonde contenant une dimension idéale. Ce sentiment peut être à l’origine suscité par une frustration, une attente non satisfaite. Par exemple, Rousseau décrit avec émotion dans les Confessions la première punition qu’il a injustement reçue. La réaction au sentiment d’injustice peut être violente. Même si, révolté on semble sûre de soi, ce sentiment ne peut constituer un critère suffisant pour reconnaitre la justice. « Le moi est injuste », disait le philosophe Blaise Pascal. Une conscience dominée par la passion risque de ne pas être lucide. Pour agir selon la justice, il faut s’en référer à une instance extérieure aux protagonistes du conflit : la loi. Par son caractère général, la loi, assure la neutralité du jugement. Toute fois, il existe des régimes où règnent des lois injustes : pour être juste, suffit-il alors d’obéir aux lois ? Et comment se préserver de l’injustice des lois alors même qu’on est soumis à leur autorité ?

1-      Le droit comme condition nécessaire au règne de la justice

1-      Interdépendance de la justice et du droit

Par définition, la justice semble indissociable du droit. Selon son étymologie latine, la justice revoie déjà au droit (jus). La justice désigne la vertu qui exige le respect et la défense du droit. Etre juste c’est agir selon le droit. Mais le droit peut être défini à plusieurs niveaux. Comme droit objectif, ou positif il désigne les lois écrites, le code propre à une société donnée, variable selon le temps et le lieu, c’est-à-dire l’ensemble des normes qui règlent la vie sociale et sont exprimées dans ces lois coutumières ou écrites. Ce droit est appliqué par le pouvoir exécutif de l’Etat. Comme droit subjectif, il désigne le pouvoir moral d’agir, de posséder ou d’exiger quelque chose. C’est une exigence de la conscience qui consiste à réclamer un bien, un « dû ».

Dans les deux cas, la finalité du droit est toujours de faire régner l’ordre le plus favorable à l’accomplissement du bien commun ou de reconnaitre une forme de justice. Celle-ci se définissant par rapport au droit, on peut établir en au moins deux formes. La justice objective ou légale renvoie à la stricte obéissance aux lois, au licite (ce qui n’est pas défendu par la loi). La justice morale désigne une attitude humaine vis-à-vis d’autrui, le respect de sa personne dans toutes ses dimensions. Comment la loi peut-elle se mettre au service de la justice ? La loi permet de faire régner l’égalité entre les hommes. En effet, elle a par nature une double généralité : son origine (elle est votée à l’unanimité ou par la majorité) et son application (elle s’applique à tous, car elle prescrit les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous).

Ainsi, la loi permet de réguler les rapports sociaux. En cas de litige, la loi, incarnée par le juge, s’impose par sa neutralité et son impartialité. Mais comment dans une société civile, le fait de se soumettre à un système étatique contraignant pour sa liberté permet-il de faire régner la justice entre les hommes ? L’obéissance à la loi permet-elle de réaliser la justice comme valeur morale ? Autrement dit, est-elle toujours légitime, bien fondée ?

2-      La nécessaire sortie de l’état de nature

L’organisation des sociétés semble reposer sur l’idée de contrat, ou un pacte. Le pacte social exprime l’idée que l’ordre social est voulu par la raison de l’homme. On renonce à sa liberté naturelle de faire tout ce qu’on veut, une liberté infinie, mais seulement virtuelle dans la mesure où l’on se heurte toujours à la liberté de l’autre. En échange on gagne une liberté civile, une liberté limitée par la loi, mais une liberté assurée : par exemple le droit garantit la liberté d’être propriétaire. En contractant, chacun renonce à sa force individuelle et s’engage à reconnaitre comme seule force légitime la force publique. Pour Hobbes, le problème est de comprendre pourquoi les hommes acceptent d’obéir au pouvoir d’un seul placé au-dessus d’eux alors qu’ils sont naturellement égaux.

Afin de résoudre ce problème, il va poser le passage de l’état de nature à l’état civil non pas comme une réalité historique, mais comme une fiction théorique, une hypothèse méthodologique. L’état de nature est l’état dans lequel se trouvent les hommes, abstraction faite de tout pouvoir, de toute loi : ils sont gouvernés par l’instinct de conservation. Mais étant égaux, ils ont les mêmes désirs et les mêmes moyens pour y parvenir : l’égalité se transforme en rivalité. Très vite cet état de nature devient un «  état de guerre de tous contre tous », un monde où l’homme est «  loup pour l’homme ». Mais comme il est intelligent, doté d’une intelligence, l’homme calcule les possibilités de réaliser ses désirs, anticipe les dangers éventuels et, ainsi mû par la peur de la mort violente, il entre en relation de guerre permanente avec les autres. Pour ces mêmes raisons il va sortir de cet état. En renonçant à son droit naturel, l’homme gagne la sécurité assurée par l’Etat. Comment ? En confiant son pouvoir à un tiers : le souverain. Mais il fait régner la loi, le souverain est lui-même un homme, il risque de faire un usage abusif de son pouvoir. C’est pour cela que pour Rousseau, l’Etat doit représenter le peuple, et la loi exprimer la volonté générale. Rousseau veut garantir la sécurité tout en préservant les libertés individuelles. Il ne s’agit pas d’abandonner sa liberté naturelle, mais de la rendre effective. La liberté politique ou autonomie, consiste alors à obéir à la loi que l’on se prescrit à soi-même grâce au contrat social exprimé par la volonté générale. Ainsi, en théorie, pour être juste il convient de se soumettre à la loi. Mais de fait, il existe tout un domaine où la loi ne statue pas et qui peut nous amener à se conduire de manière injuste. Par ailleurs, on s’aperçoit que la loi peut être source d’injustice, comme dans certains régimes totalitaires.

2-      Mais le droit peut être producteur d’injustice

a)      Le domaine privé

Etre juste, c’est être aussi capable de faire preuve d’un certain discernement, le fait de penser juste. Par exemple, on peut accuser à tort quelqu’un d’avoir de mauvaise intensions, on peut harceler moralement quelqu’un, on peut ne pas rendre service, etc. bref, on peut dans le domaine strictement privé faire preuve d’injustice et n’avoir pour seule règle que sa propre loi morale. Faut-il alors imaginer un système politique où les lois pourraient statuer sur tout et ainsi donner un critère objectif de justice ? Il faudrait être sûr que la loi est toujours juste. Mais est-ce le cas ?

Antigone de Sophocle retrace le combat mené par le personnage éponyme contre son oncle Créon, chef d’Etat, qui refuse de donner une sépulture à son frère Polynice parce qu’il aurait trahi. Or Antigone, malgré les mises en gardes de son oncle, finira enterrée vivante pour avoir voulu elle-même enterrer son frère. L’opposition entre la légitimité et la légalité est ici incarnée par l’opposition entre la justice d’Antigone (justice morale) et la justice de Créon (justice légale). Le domaine strictement morale peut-il être qualifié de vide juridique qu’il faudrait combler, ou au contraire existe-il un domaine de la justice irréductible à la loi ? Mais dans ce cas comment l’évaluer objectivement ? La loi a-t-elle en elle toutes les garanties d’être juste ?

B- Les limites du légalisme

La loi ne porte pas en elle la garantie d’un Etat juste mais d’un Etat fort. Pour max Weber, il a le monopole de la violence légitime. En effet, seul l’Etat peut au nom du bien commun utiliser la force. Or n’existe-t-il pas des cas de lois injustes ? Le nazisme, par exemple, montre les insuffisances du légalisme (théorie qui prétend que la justice se confond avec la loi qu’il faut appliquer à la lettre). Or la loi, par son caractère général, peut être injuste parce qu’en décalage avec le particulier. Il faut donc faire preuve d’équité (vertu qui consiste à corriger les effets trop abstraits et généraux de la loi sur le particulier) et de jurisprudence (capacité à créer de nouvelles lois ou décrets en fonction des nouveaux cas qui se présentent et qui ne rentraient pas sous la loi). La notion même de loi porte en elle la nécessité de recourir à la justice morale. Comment permettre à la justice légale de rester légitime, c’est-à-dire d’être moralement acceptable ?

3. A quelle condition le droit peut-il être juste ?

A-    Garantie interne

Que faire alors pour se prémunir des excès d’une loi injuste ? Montesquieu propose une garantie interne à l’Etat pour se préserver des injustices liées à un excès de pouvoir grâce au principe de la séparation des pouvoirs. Il s’agit à l’intérieur d’un Etat de diviser le pouvoir pour créer un jeu de contrôle réciproque des différentes instances. Selon Esprit des lois, XI, 4, lorsque les trois instances (législatrice, exécutrice et judiciaire) sont séparées, l’équilibre des puissances y est garanti. La capacité à élire des représentants dignes de produire des lois justes dépend également de l’éducation du citoyen. Mais si la justice est restée au sein d’un l’Etat qu’est-ce qui empêche cet Etat de se comporter de manière injuste envers d’autres Etats ?

B. Garanties externes

La volonté d’harmoniser le droit de tous les pays pour s’approcher d’une justice valable pour tous se traduit par la création d’un droit international. A l’intérieur d’un Etat, il s’agit de créer une instance de contrôle qui permette de juger au nom de principes qui dépassent les préoccupations d’un pays. Par exemple, après 1945 est né la notion de crime contre l’humanité, et avec elle, l’idée d’un tribunal international qui juge au nom des droits de l’homme, droits qui prétendent retrouver une nature humaine commune à tout homme et qu’il faut respecter.

Conclusion :

Ainsi, l’obéissance aux lois est bien la condition nécessaire pour être juste car le plus simple sentiment de justice ne saurait servir de critère. Par contre, cette condition n’est pas suffisante dans la mesure où la loi elle-même peut-être instrumentalisée et déviée de sa finalité première (faire régner la justice). Il convient alors d’être vigilant sur la manière dont les lois sont instaurées afin qu’elles soient représentative de l’ensemble de la population et non au service de quelques privilégiés. Ensuite, dans l’exercice même de la loi, il convient de séparer les pouvoirs et de toujours les soumettre à une éthique au service de l’homme, au-delà de ses particularités nationales.

Source: annabac, sujets et corrigés 2010, Stéphanie Degorre,  Didier Guimbail et Sabrina Cerqueira, France, Août 2009)

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