Ne chante pas qui veut…………

 

Et le huitième jour, nos ancêtres inventèrent la musique et cela dans le but d’exprimer dans de mélodies aussi belles et diverses, leurs joies et leurs peurs, leurs espoirs et leurs espérances. Trop souvent, ce fut, après des journées laborieuses et ensoleillées, des années passées dans les plantations qu’ils inventèrent la musique pour alléger le poids du jour et se donner des raisons de vivre heureux et de surmonter la fatigue. Dès lors, passant d’une génération à une autre, la musique s’imposa et devint omniprésente au cœur de toutes les réalités qui fondent, harmonisent, jalonnent et constituent l’essence de la vie humaine. Cependant, si d’une certaine manière, la musique est inhérente à la vie de l’homme en générale et celle de l’Africain en particulier, c’est bien, parce qu’elle joue un rôle non négligeable dans la vie socioculturelle, politique et religieuse. Ce rôle varie d’une période à une autre et d’un événement à un autre. Si d’une part, dans la joie elle réjouie les cœurs qui sont dans l’allégresse, d’autre part, elle console et réconforte les cœurs angoissés par le malheur et écrasés par le poids du jour.

Mais la musique ne s’arrête pas là, elle est ambitieuse et porteuse d’une vocation constitutive pour l’homme, dans son humanité et en l’occurrence Africaine. Cette fonction qu’elle se donne, est profondément éducative et prophétique. Tout d’abord, cette mission consiste à encourager les esprits qui sombrent dans le découragement et le désespoir, parce qu’ils vivent dans un monde bouleversé, brisé et meurtri dans ses racines les plus profondes. En outre, elle joue le rôle d’éducatrice, d’éveilleuse pour la société des humains, sans oublier de maintenir éveillées les consciences pour autant qu’elles risquent de s’endormir, parce que alourdis par les contre-valeurs aujourd’hui, que certaines sociétés légalisent.

En réalité, dans une Afrique où l’inaccoutumé, l’anormal devient normal, l’inégal légalisé, dans une Afrique où la complaisance est devenue le cheval de bataille d’hommes politiques insoucieux du sort de leur peuple, le rôle de tout chanteur est aujourd’hui incontournable dans le processus de changement graduel de perspectives, dans les mentalités comme dans les sentiments, dans l’action commune et populaire, pour une prise en compte des intérêts solidaires des peuples africains sur toutes les couches sociales. C’est dire en claire, qu’à travers toute musique, devrait s’exprimer la vie dans toute sa vérité et le musicien homme conscient, responsable, c’est à dire, imbibé dans la réalité sociale et a l’ultime devoir de se faire alors la voix des sans voix, le devoir d’être celui qui crie sur les toits ce que murmurent et escamotent les autres.

Hélas! Beaucoup de nos musiciens deviennent des marchands de louanges. Ils se fourvoient dans la perversion et la diversion, entraînant avec eux des générations qui sombrent à leur tour dans la bassesse la plus étrange de la vie. C’est au cœur de ce grand et inquiétant changement, que l’on pervertie la musique et l’éloigne progressivement de sa mission première. Fort heureusement, bien que rare et en voix de disparition, la nature suscite encore une race de musiciens conscients de cette mission. Parmi ces chanteurs et chanteuses, nous ne pouvons nous empêcher de faire mention de cet artiste dont les textes sont incisifs et révolutionnaires, un chanteur qui se démarque par le sérieux de ses textes, la vérité et l’engagement sociopolitique et culturel de ses œuvres. C’est un homme, qui tous les jours, subordonne son destin à celui du peuple africain, car ses ambitions personnelles ne visent qu’à promouvoir les intérêts de la collectivité, même au prix de sa vie. Ses chants engagent la responsabilité des gouvernants et concernent l’avenir des peuples. Il s’agit plus précisément de Tiken Jah Fakoly. Originaire d’odjénne, en Côte d’Ivoire, de son vrai nom Moussa Doumbia, est né le 23 juin 1963 à Odjénne. Il est aujourd’hui en exil depuis l’année 2003 à la suite de multiples et successives menaces de mort.

Les thèmes de ses chansons, médités et assumés, sont poignants et révolutionnaires, parce que vrais. Véritable taon pour le peuple, Tiken perturbe incontestablement la tranquillité et l’insouciance de tous les gouvernants en face de l’avenir incertain de leur peuple. Il trouble et dit non au silence complice des populations trahies et manipulées par leurs politiciens. Ses thèmes suivants sont évocateurs: «Quitte le pouvoir», «Mon pays va mal», ou encore «réveillez-vous». Unique par son style, ses finalités et sa détermination, la musique de Tiken ne peut laisser personne insensible. Il s’adresse à toutes les couches et catégories sociales. Son message est un enseignement et une mise en garde qui touche et pénètre tous les cœurs, même les plus endurcis. Conscient de tous les dangers qu’il concourt, Tiken crie et critique, proteste et dénonce. Loin de chanter pour plaire ou se complaire, il chante pour réveiller les esprits endormis, pour éveiller, mobiliser et encourager les esprits encore conscients, confiants et prêts à livrer bataille, à lutter pour un changement radical. Instruit et enraciné dans la réalité sociale, Tiken devine les sombres desseins des gouvernants et l’ingérence des grandes puissances. Il les dénonce sans complaisance et appelle les peuples à la vigilance.

Avec Tiken, l’on comprend que la musique est l’action d’un homme. Il s’agit d’un homme capable de s’oublier lui-même, parce que voué à l’œuvre sociale pour qu’advienne la justice, la paix et la liberté pour tous. Dans cette lancée, il serait donc dérisoire de composer de poésies fantaisistes dans une Afrique plongée dans l’impunité et l’insécurité grandissantes. Lorsque l’on écoute Tiken, l’on découvre que la vertu et l’utilité d’un chanteur ne valent que si elles sont soucieuses et se mettent au service de la société; ses œuvres ne sauraient être efficaces que dans la mesure ou elles se raccordent pas avec les exigences de l’histoire et les aspirations profondes des peuples. Certes, par ses chansons Tiken ne construit pas un monde ou une nation idéale; mais il veut des fondements solides pour les nations africaines, c’est à dire des hommes et des femmes instruits, conscients de leur passé et près à prendre avec courage et détermination le chemin du changement. Tiken Jah Fakoly, fait parti de ces hommes dont leur valeur exceptionnelle n’est pas seulement fonction de leur vie intérieure, de leur propre spiritualité, mais elle doit et se traduit surtout dans la direction des autres, en vue de les préparer à une prise de conscience plus élevée, au maintien en éveil de la conscience historique susceptible de faire d’eux des acteurs conscients et responsables de leur destinée.

Cependant, cela n’est possible que si l’on est soi-même pénétré de l’enseignement de l’histoire de l’humanité. Du coup, avec Tiken Jah, nous pensons que se borner encore à rédiger des poèmes fantaisistes, des historiettes pour sa propre élévation, l’on passerait à côté de la véritable mission de tout musicien, celle de permettre l’indépendance des peuples, de former la conscience culturelle, de travailler à l’unité des ethnies et des nations.

Bref, promouvoir des valeurs socioculturelles, sans lesquelles on passerait à côté de l’essentiel qui constitue toute vocation humaine enracinée dans l’engagement pour la construction d’un monde meilleur.

 

Barawoe Joseph THERA

Joe & Allan sur la plage.

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Catégories : POESIE | Un commentaire

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Une réflexion sur “Ne chante pas qui veut…………

  1. Janet

    Quelle amusante photo?mais pas en rapport. Avec le sujet

    J'aime

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