Archives quotidiennes : 16 mars 2012

Que valent du point de vue moral, social et psychologique les notions de personne, personnage et personnalité ? ( voir le corrigé)

   sujet : Que valent du point de vue moral, social et psychologique les notions de personne, personnage et personnalité ?

Le mot personne en latin « persona » était utilisé autre fois pour désigner le masque que portrait un individu au cours d’une tragédie. Les approches chrétienne et philosophique ont donné à ce vocable une définition plus concrète. Aujourd’hui la personne signifierait donc, du point de vue philosophique, un être conscient de ses actes et capable de se déterminer lui-même. Le personnage quand à lui peut se définir comme le rôle que tient un individu dans une pièce de théâtre. La personnalité par contre désigne l’ensemble des traits de caractères congénitaux, héréditaires ou acquis qui définissent un individu et le distinguent des autres. Il se pose alors le problème de la signification de ces trois notions sur le plan moral, social et psychologique d’où la définition des rapports existants entre ces trois instances. Pour mieux appréhender le sujet, il conviendra d’abord de donner les différences s’établissant entre la personne, le personnage et la personnalité, ensuite, d’énoncer leurs similitudes.

Plusieurs différences existent entre la personne, le personnage et la personnalité. D’abord, la personne est une instance morale. A travers la citation de Blaise Pascale : « l’homme est un roseau pensant », il est possible de comprendre la dimension morale de la personne. C’est parce que l’individu pense, qu’il est capable de réfléchir, et donc de discerner le bien du mal. Cette analyse renvoi aux notions de la personnalité et du raisonnement décrites par BOECE dans sa citation. Il définit la personne comme étant « une caractéristique individuelle de nature raisonnable » c’est-à-dire un être conscient de ses actes et donc capable de s’autodéterminer. Les notions de liberté et de déterminisme permettent aussi de définir et de comprendre la notion de personne. Le déterminisme désigne l’ensemble des lois immuables auxquelles est soumis l’homme et qui déterminent son action et son insertion dans le monde. Donc, un individu ne pourrait choisir le lieu dans lequel il voudrait naître ou la race qu’il aimerait avoir à sa naissance. Ensuite, une autre différence serait la dimension sociale du personnage. Si le personnage désigne le rôle que tient un individu, la conclusion immédiate serait ce que cet individu ne reflète pas réellement ce qu’il est. Donc, en d’autres termes, au delà du paraître, il existe un être véritable : le moi social. Le moi social représente l’être dans la société c’est-à-dire, sa fonction, sa carrière, son comportement en famille mais ne peut être là qu’une face cachée de sa personnalité. Cette analyse correspond dans la fenêtre de Johari au «  domaine caché », ce que Montaigne appellera « l’arrière boutique ». En outre, il existe la personnalité comme instance psychologique. Selon la phénoménologie existentielle, le corps est ce par quoi nous nous rendons manifeste dans le monde. Cette approche nous permet de comprendre que c’est à partir du corps que nous exprimons nos qualités, nos sentiments, notre affectivité, Notre intelligence qui nous distingue d’autrui. C’est pourquoi Joseph MBALLA affirme : «  comme tout être vivant l’homme est un être par son corps, son tempérament, son naturel… ». Cette approche s’oppose à la thèse essentialiste qui explique que la personnalité est un acquis définitif. De la découle, deux notions, celle de la mêmeté c’est-à-dire ce qui ne change pas de l’enfance à la vieillesse et celle de l’ipséité c’est-à-dire ce qui change et fait de nous une personne et non une autre. Donc, la personne serait une instance morale, le personnage une instance sociale et la personnalité une instance psychologique. Il est vrai que, la personne, le personnage et la personnalité ont chacun une signification particulière, ils convergent néanmoins dans la définition d’une même réalité.

Parmi les similitudes entre ces trois instances, il ne serait pas erroné de citer la notion de l’individualité ou de la subjectivité. La personne est un individu conscient de ses actes, le personnage est le rôle qu’un individu joue et qui ne reflète pas sa vraie personnalité et la personnalité est caractérisée par l’individualité. Toutes ces notions ont en commun celle de l’individualité. De plus le personnage et la personnalité ne sauraient exister s’il n’existe pas au préalable une personne. Car, c’est la personne qui permet de déterminer la personnalité d’un sujet et ainsi de déduire si cet individu dans la société est un personnage ou non. En somme, la personnalité et le personnage existent à travers la personne et ces trois instances constituent la subjectivité de l’être humain.

La dimension morale de la personne réside dans le fait que cette dernière est un être libre et pensant donc capable de réflexion et de parole. La dimension sociale du personnage nous permet de comprendre qu’un individu ne reflète pas toujours ce qu’il est réellement. Et enfin, la dimension psychologique de la personnalité regroupe l’individualité ou la subjectivité de l’homme, ses qualités, son comportement acquis qui se développe avec le temps, son intelligence, son niveau d’affectivité qui font de l’être humain une personne et non une autre. A partir de la personne, il est possible de trouver la personnalité d’un individu et donc déduire s’il joue un personnage ou non. De même que, ces trois instances se trouvent dans la définition de l’individu. La personne est un être conscient, le personnage est un masque et la personnalité d’un être humain, son individualité, c’est-à-dire ses qualités et tout ce qui forme sa cartographie psychologique. Cependant, il existe des rapports entre ces instances. La différence est que la personne est morale, le personnage est social et la personnalité est psychologique. La ressemblance entre ces trois notions est celle de l’individualité.

                                                         Par TONNY, tle SES

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BACCALAUREAT – EPREUVE DE LANGUE FRANCAISE. (ABCD) Durée : 2h ( consultez le corrigé)

Texte : Proclamation solennelle de l’indépendance.

« Camerounais, Camerounaises,
Le Cameroun est libre et indépendant …
Camerounais, mes frères, ce jour tant souhaité, nous devons le vivre aujourd’hui avec une grande ferveur…Après une longue ascension, nous faisons halte et nous contemplons le chemin parcouru. Nous nous réjouissons, mais aussi nous mesurons le trajet qu’il nous reste à effectuer et nous rassemblons nos forces…
Camerounais, je sais que cette indépendance vous l’avez trop ardemment souhaitée pour ne pas la porter quel qu’en soit le poids, pour ne pas y consacrer tous vos soin et toutes vos forces. Vous ne serez d’ailleurs pas seuls, et les conditions de la naissance du Cameroun indépendant sont les plus sûrs garants de sa croissance de demain.
Les Nations Unies au sein desquelles nous allons prochainement prendre place, ainsi que la France dont l’amitié nous réconforte chaque jour, seront pour nous  les guides naturels de nos premiers pas…
La grande famille des nations indépendantes nous accueille en ce jour solennel. Notre place nous attend, il nous tarde de la rejoindre, afin de prouver à ceux qui nous ont témoigné leur amitié que nos actes seront à la mesure de leur confiance… »

Ahmadou AHIDJO, Premier ministre du Cameroun, le 1er janvier 1960.
Source : Mveng (E.) et Belinga (D.) : Manuel d’histoire du Cameroun
Yaoundé, Editions CEPER, 1983, pp 211, 212.

Questions
I –Communication (5pts)
1/a-A partir d’indices tirés du texte et/ ou du para texte, déterminez les éléments constitutifs identifiés  de la situation d’énonciation. (2 pts)
b-Que révèle l’étude  de cette situation d’énonciation ? (1pt)
2-Soit l’énoncé : «  Le Cameroun est libre et indépendant »
a-Décodez et formulez deux présupposés dans cet énoncé. (1pt)
b-Précisez la  valeur implicite de cet énoncé ou son contenu latent. (1pt)
II -Morphosyntaxe (5pts)
1/ Analysez le jeu des temps verbaux (présent, passé, futur) dans l’organisation du texte (2,5pts)
2/Quels effets le locuteur  tire-t-il de l’alternance  des pronoms personnels « nous » et «  vous » ? (2,5pts)
III –Sémantique (5pts)
1/ Relevez les indices textuels du champ  lexical :
-de la joie et de l’admiration
-des difficultés et des sacrifices. (2pts)
2/Qu’est ce qui  justifie selon –vous l’emploi  alterné de ces deux champs lexicaux ? (1pt)
3/Que connote l’expression : « Les guides naturels de nos premiers pas… » Dans le texte. (L’assistance permanente, l’autonomie totale, l’affranchissement de l’ancienne métropole ? Utilisez les repérages lexicaux pour répondre à cette question) (2pts)
IV –Rhétorique (5pts)
1/ Identifiez, expliquez et interprétez la figure d’analogie contenue dans l’extrait : « Camerounais je sais que […] de nos premiers pas » (2pts)
2/a-Repérez, nommez les éléments qui impriment à ce texte une tonalité lyrique puis une tonalité oratoire. (2pts)
b- En quoi  ces tonalités vous semblent-elles particulièrement adaptées à l’objet traité ? (1pt)

Proposition de Corrigé
I-    Communication (5points)
1/ Dans ce texte on rencontre plusieurs types d’indices et marques permettant d’identifier la situation d’énonciation.
–    Les indices de l’énonciateur : les pronoms personnels : nous (nous le devons), je (je sais)
–    Les adjectifs possessifs mes (mes frères), notre (notre place), nos (nos actes). Ces indices sont des marques textuelles. En ce qui concerne les marques para textuelles, on observe l’indication en bas de page : Ahmadou Ahidjo, premier ministre du Cameroun.
–    Les indices de l’énonciataire : les pronoms personnels : vous (vous avez trop ardemment souhaitée), l’adjectif possessif vos (vos soins). Si on considère les éléments para textuelles et l’apostrophe : « camerounais, camerounaise » le destinataire est le peuple camerounais. Même s’il s’adresse également au corps diplomatique (les Nations Unies, la France).
–    Les déictiques spatio-temporels, les éléments para textuels : proclamation solennelle de l’indépendance, le 1er janvier 1960 nous permettent de dire que la référence au cadre spatial est explicite : le Cameroun. Les déictiques temporels sont le jour et l’année : 1er janvier 1960 et dans le texte les expressions : «  ce jour tant souhaité », « aujourd’hui ».
L’étude de cette situation d’énonciation montre que le locuteur Amadou Ahidjo s’adresse à ses compatriotes le jour de l’indépendance de son pays, mais aussi au corps diplomatique
2/ a- Dans l’énoncé : « le Cameroun est  libre et indépendant »
Présupposé1 : le Cameroun n’était pas libre
Présupposé 2 : le Cameroun n’était pas indépendant, il était peut être sous tutelle
b-Cet énoncé explicite met en évidence la joie du locuteur, la vision optimiste du premier ministre pour son pays, l’invitation de ses compatriotes à sauvegarder l’indépendance pour ne plus vivre sous la dépendance ou sous tutelle
II- Morpho- syntaxe (5 points)
1- Dans l’extrait plusieurs temps verbaux se combinent pour situer les faits au passé et au futur, par rapport au présent  de l’énonciateur. Le temps qui réfère au passé est le passé composé. Il situe l’action dans un passé récent avec des incidences sur le présent :
Vous l’avez trop ardemment souhaitée (conséquence : vous êtes actuellement libre). Ceux qui ont témoigné leur amitié (conséquence : ils nous ont permis de nous libérer)
Par rapport au passé, le présent de l’indicatif a plusieurs valeurs
–    Valeur d’énonciation ou présent d’énonciation pour évoquer l’actualité dans le pays du locuteur. (nous faisons halte), (nous contemplons), (nous nous réjouissons)……..
–    Présent gnomique, de vérité générale ou de définition « Le Cameroun est libre et indépendant » pour montrer le changement de statut de son pays.
–    Présent d’habitude : La France dont l’amitié nous réconforte chaque jour pour signifier que malgré l’indépendance l’ancienne colonie a toujours besoin de la métropole. Le présent a une valeur de futur proche (« nous allons prochainement prendre place », « il nous tarde de la rejoindre ») pour évoquer les projets imminents. Enfin, le futur de l’indicatif dans son discours : « vous ne serez pas seuls […] seront pour nous les guides […] seront à la mesure de leur confiance » est un futur de certitude qui permet au locuteur d’influer sur le comportement de ses compatriotes, les encourager dans le travail qu’il reste à faire.
2-  L’énonciateur utilise le pronom personnel de la première personne du pluriel « nous » pour montrer à son peuple que la joie est collective (« nous devons le vivre aujourd’hui avec une grande ferveur », « nous nous réjouissons ») mais  il reste encore un travail collectif « nous mesurons le trajet qu’il nous reste à effectuer et nous rassemblons nos forces ». C’est donc un appel à la solidarité et à l’union d’un premier ministre proche de son peuple. Pour impliquer son public ou ses compatriotes, il utilise le pronom personnel de la 2è personne du pluriel « vous » (vous ne serez d’ailleurs pas les seuls), pour montrer également que l’indépendance acquise est plus le sacrifice du peuple que de son chef : « vous l’avez trop ardemment souhaitée »
III- Sémantique (5 points)
1-/les indices textuels du champ lexical de la joie et de l’admiration sont : jour tant souhaité, grande ferveur, contemplons, réjouissons, ardemment souhaitée, réconforte, jour solennel. Les indices textuels du champ lexical des difficultés et des sacrifices sont : longue ascension, chemin parcouru, trajet qu’il nous reste à faire, rassemblons nos forces, consacrer tous vos soins et toutes vos forces, porter quel qu’en soit le poids, premier pas, prouver, seront à la mesure de leur confiance.
2/ L’association de ces deux champs lexicaux permet au locuteur de dire à ses compatriotes, qu’après d’énormes difficultés et des sacrifices, ils peuvent savourer les joies de l’indépendance. Mais ils ne doivent pas oublier que beaucoup d’efforts restent à fournir. D’où la nécessité d’autres sacrifices pour les défis qu’ils doivent relever dans l’avenir.
3/ L’expression : « Les guides naturels de nos premiers pas » connote l’assistance permanente. Le Cameroun indépendant est à l’image d’un bébé qui n’arrive pas à marcher seul, et a besoin d’une famille d’accueil pour son processus de socialisation (naissance du Cameroun, sa croissance de demain, nous réconforte chaque jour, grande famille des Nations indépendantes nous accueille)
IV- Rhétorique (5 points)
1/La figure d’analogie contenue dans l’énoncé : « camerounais je sais que […] de nos premiers pas » est la métaphore filée du nouveau né pour symboliser le Cameroun indépendant. Cette métaphore filée se développe dans le texte par les mots et expressions : Porter, poids, consacrer tous vos soins, naissance du Cameroun indépendant, sa croissance de demain, premier pas. Cette métaphore filée permet au locuteur de :
–    Présenter le nouvel Etat indépendant comme un pays qui n’a pas encore la maturité politique et qui a besoin d’aide pour sa croissance et de guides pour l’orienter dans ses “premiers pas“.
–    De se présenter lui-même comme un homme humble et le guide d’un petit Etat qui cherche encore sa voie et qu’il faut tenir par la main.
–    De dire à ses compatriotes que le pays ne peut vivre en autarcie mais qu’il a besoin d’une coopération internationale.
–    Susciter le patriotisme chez ses compatriotes en aimant son pays comme on aime son enfant : « consacrer tous vos soins et vos forces »
Autres
2/ a- Les éléments qui impriment à ce texte une tonalité ou registre lyrique sont :
–    L’emploi du pronom personnel de la première personne du singulier “je“, de l’adjectif possessif “mes“
–    L’usage de lexique affectif “mes frères“
–    La présence du lexique de la joie et de l’admiration. Les éléments qui impriment à cet extrait une tonalité oratoire sont :
–    L’apostrophe : camerounais, camerounaise.
–    L’implication du destinataire par le pronom personnel “vous“
–    L’emploi de la métaphore filée de l’enfant ou du bébé considérée comme sacré en Afrique.
–    Le recours à un procédé d’insistance : l’anaphore (pour ne pas la porter quelque ‘en soit le poids, pour ne pas y consacrer tous vos soins)
b- la tonalité lyrique permet au locuteur d’exprimer sa joie le jour de la proclamation solennelle de l’indépendance. La tonalité oratoire permet à l’énonciateur de convaincre ses compatriotes et de les engager dans les défis futurs.
Prolongement des activités. Commentaire composé.
Vous ferez de ce texte un commentaire composé. Vous pourrez si vous le voulez, partir des outils linguistiques (champs lexicaux, figure de style, tonalités…) pour  montrer comment l’état d’esprit du locuteur le jour de la proclamation de l’indépendance, débouche sur une vision singulière de l’autonomie et de l’avenir de son pays.

Sujet proposé par M. BETHEUZE, professeur de français et philosophe.

Catégories : Sujets de langue française | 8 Commentaires

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