Liberté…

     Philosopher c’est savoir ce que le savoir veut dire… Cette énonciation n’est pas une simple rhétorique. Elle traduit ce que signifie la philosophie et de surcroit nous donne une idée précise sur l’activité du philosophe. A la différence des autres sciences le savoir philosophique n’est pas une possession de la connaissance, mais est une recherche sans fin renouvelée du savoir. En utilisant les mots de Karl Popper je dirai que la philosophie est une quête inachevée du savoir, de la vérité.

     Dans la même logique, mon ambition se veut aussi modeste. Mon exposé, loin d’être exhaustif n’est qu’une interrogation. Une interrogation sur deux concepts philosophiques aussi problématique que polémiques : Philosophie et liberté. Je ne vous donnerai donc pas des réponses « toutes faite et prêtes à consommer ».  Mon exposé vise à susciter en nous des questions, non pas l’importe quelles questions, mais des questions de fond, des questions existentielles. Des questions capables de nous ouvrir à une autre vision, conception plus profonde et approfondies sur la philosophie et la liberté.

     Dans la première partie, ma réflexion sera un effort de définition, d’explicitation et d’explication du concept de la liberté. De la loi, sa connaissance, et son respect comme le fondement de la liberté. Ensuite, dans la seconde étape je partirai du concept même de la liberté, comme condition de possibilité de la philosophie. Car, sans liberté, l’acte philosophique comme réflexion objective, rationnelle et critique n’est pas possible. Enfin, je me pencherai sur la notion même de philosophie toujours en lien avec la liberté qui implique la responsabilité et de la responsabilité à la libération non seulement individuelle mais aussi collective.

Qu’est-ce que la liberté ?

     La question de la liberté est au cœur des préoccupations et aspirations humaines. En effet, il convient à tout instant, devant toute prise de position, de savoir si nous sommes libres et dans quelle mesure nous le sommes. Cette attitude nous presse à interroger non seulement la nature de notre liberté, mais aussi son implication face à notre responsabilité et au déterminisme qui s’impose à nous

     La liberté est une notion qui désigne l’absence de servitude, de soumission, et de détermination. Autrement dit, elle l’indépendance de l’être humain. Dans sa définition courante, la liberté équivaut à l’absence de contrainte. C’est le pouvoir de faire ce que nous voulons, ce qui nous plait sans obstacle ni obligation. Mais, est-ce là la vraie liberté ?

     Agir sans contrainte ne suffit point pour définir une liberté parfaite. La vraie liberté est avant tout un acte réfléchi (raisonnable), moral et responsable.

La liberté comme autonomie (Kant et Rousseau)

Question : La liberté exclut-elle la loi ?

     Kant et Rousseau récusent la définition classique de la liberté « comme la faculté de faire tout ce qu’on veut, pourvu qu’on ne nuise pas à autrui ». Pour eux, la liberté consiste à n’obéir qu’à la loi qu’on s’est prescrite, ce que Rousseau appelle « autonomie ». L’autonomie désigne la capacité de se déterminer par ses propres lois. D’où l’affirmation de Rousseau: « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ». La loi est donc la condition même de la liberté humaine. Car, d’après Raymond Polin[i] : «l’homme a une loi parce qu’il a une liberté et il a une liberté parce qu’il a une loi ; il est obligé parce qu’il est libre, et il est libre parce qu’il est obligé.» De ce point de vue, il faut dire qu’il y a autant de contraintes que de liberté. Que l’on se désabuse donc : la liberté dans son sens positif désigne, non pas licence mais obéissance, non pas absence de contrainte mais soumission à une loi, celle de sa propre raison.

Liberté et raison

Question : Sommes-nous libres sans notre raison ?

     Selon Descartes, la liberté est liée à la raison. Cette thèse rejoint l’avis de Eric Weil[ii] qui affirme que « l’homme n’est libre qu’à condition d’obéir à la raison. » Dans le même sens, Kant établit que « La liberté est une propriété de la volonté des êtres raisonnables ». Et Hegel ajoute : « l’homme se libère par la ruse de la raison »

     En définitive, pour les rationalistes, la liberté est la mise en œuvre de la raison ; l’homme libre est celui qui agit avec lucidité après avoir bien réfléchi ; bref, celui qui obéit à sa raison : « celui-là est libre qui est conduit par la seule raison ». Dès lors, obéir à ses caprices, à ses pulsions passionnelles, c’est faire preuve non pas de sa liberté mais plutôt de l’esclavage des passions.

     Résumons : la liberté se mesure à la raison ; l’homme est libre autant qu’il obéit à sa raison ; « on est d’autant plus libre qu’on agit davantage selon la raison » (Leibniz)

     Je peux dire tout ce qui n’est pas interdit par la loi, je peux par exemple dire que 4+4 = 10. C’est mon droit de dire une bêtise, une idée fausse. Je peux aussi acheter librement des «  airs Forces ». C’est mon droit d’acheter ce que je veux. Mais pour faire apparaître la liberté philosophique, je me poserai une autre question : lorsque je dis 4+4 = 10, ou lorsque que j’achète une paire de «  Airs Forces », suis l’auteur de ce que je dis ou de ce que je fais ? L’affirmation d’une idée fausse n’affirme pas la liberté, une idée fausse ne dit rien, c’est parler pour ne rien dire. Quant à l’achat des chaussures, il est déterminé par d’autres autorités supérieures aux miennes, par exemple : la mode. Tout le monde les porte et j’en veux aussi. C’est tout le contraire de la liberté. Nous sommes en ce moment dans la servitude, esclaves de la mode et aliénés par l’opinion de la masse, la doxa. Une liberté précaire, instable et confuse parce qu’elle conduit au chao.

     Je vous donne l’exemple d’une fausse conception de la liberté. Prenons un élève qui se dit libre en exprimant sa liberté par le non respect du règlement intérieur. Cet élève est un individu en difficulté. Pourquoi ? En difficulté parce qu’au lieu d’être en classe, il est toujours devant les bureaux parce que toujours interpellé. Il passe des heures entre le bureau du surveillant, du préfet de discipline, du père spirituel et souvent chez le père directeur. Ses parents rendent visite chaque semaine au préfet de discipline parce que toujours convoqué pour motif différents. Est-il vraiment libre ?

     Chez Rousseau, la liberté est obéissance à la loi qu’on s’est prescrite, du coup renoncer à sa liberté s’est renoncer à sa qualité d’homme. Être libre signifie alors agir en ayant conscience de ce que l’on fait, et des conséquences de ses actes, après avoir réfléchit aux diverses possibilités. Plus précisément, la liberté consiste à agir de façon conforme à la raison. Il faut faire des choix et assumer la responsabilité de la décision ainsi que les conséquences qui en découlent. Les philosophes comme Descartes, Rousseau et Kant ont pratiquement une même conception de la liberté. Parce que tous l’appliquent à la raison. Ce qu’il ne faut peut être pas oublié c’est que la liberté reste un concept abstrait et par le fait même chacun la définit en fonction de sa propre expérience, son intérêt et de sa propre histoire. La vraie liberté nous est donnée par la loi. Elle s’exprime par la liberté d’expression qui suppose toujours la capacité de penser par soi-même, de choisir le plus grand bien grâce à l’esprit du discernement, de l’esprit critique et logique qui ne s’acquiert que grâce à la pratique philosophique.

1-Qu’est-ce que la philosophie ?

     Bien de philosophes définissent la philosophie selon leur conception et leur façon de la pratiquer. D’où une pluralité de définitions et de pratiques philosophiques. De ma part je définis la philosophie comme la réflexion de l’homme qui s’étonne, s’émerveille, et s’interroge sur son existence et sur sa relation avec l’ensemble de la réalité de son monde intérieur et extérieur. Mais cette définition n’est pas partagée par tous. Elle est problématique. Cela résulte du caractère polémique et controversé de la philosophie elle-même. En réalité, dans leur évolution à travers l’histoire, les sciences telles que les mathématiques, la physique, la chimie et d’autres sciences expérimentales furent l’objet de grandes admirations et continuent d’occuper une place de choix dans la vie. Ce sont, leur but et les résultats concrets et rapides auxquels elles aboutissent qui leur valent tant d’admirations et d’intérêt. Cela est loin d’être le cas pour la philosophie. Elle suscite très peu d’intérêt pour beaucoup. Parce qu’elle est communément considérée par l’opinion courante comme inutile.

     La philosophie n’a rien d’important à dire, aucune utilité pratique. Et le philosophe un aventurier, absorbé par la recherche de l’irréel, incapable de voir ce qui se passe en lui et au tour de lui. Comme la servante de Thrace le fit remarqué à Thalès :[1] «  Thalès étant tombé dans un trou , tandis que, occupé d’ astronomie, il regardait en air, une petite servante thrace, toute mignonne et pleine de bonne humeur, se mit à le railler, de mettre tant d’ ardeur à savoir ce qui est au ciel, alors qu’ il ne s’ apercevait pas de ce qu’ il y avait devant lui et à ses pieds » voilà l’image répandue de la philosophie et du philosophe : un savant ou un personnage distrait, peu pratique et tout perdu dans les nuages. L’objet de la philosophie c’est l’homme, le monde et tout ce qui constitue sa vie. La vérité recherchée par la philosophie consiste en une compréhension de la réalité dans sa totalité. Bien plus, comme recherche de la sagesse, la philosophie conduit l’esprit sur le chemin de la maturité intellectuelle, de la maîtrise de soi (liberté et responsabilité), de la recherche du bien et du vrai, de l’ordre naturel et social (justice et paix)

L’homme est fondamentalement philosophe à partir du moment où il fait usage de sa raison. L’homme qui renonce à la raison c’est-à dire l’homme qui refuse de réfléchir perd par le fait même sa liberté. La liberté est dans ce sens intrinsèquement liée à l’art de la réflexion. Est libre celui qui réfléchit et fait acte de la réflexion. Celui qui refuse de réfléchir peut se laisser borner par les autres qui réfléchissent. La réflexion nous permet de comprendre ce que l’on est véritablement

     Refuser de réfléchir nous met sur le même pied d’égalité que les animaux et cela peut nous enlever notre liberté d’êtres humains raisonnables

Philosophie-Liberté- responsabilité

Question : la liberté est-elle une donnéé de fait ou une conquête ?

     La responsabilité consiste pour l’homme, à assumer son destin et le déterminisme de la nature. Il faut ici distinguer le déterminisme du fatalisme : le fatalisme asservit l’homme car il n’y peut rien. Par contre, le déterminisme affirme seulement que les évènements sont liés entre eux par des lois naturelles constantes et universelles (ex : cause/effet, le cycle des saisons…). Connaissant ces lois de la nature, nous pouvons donc les utiliser et les convertir pour nous libérer.

     Ainsi, grâce à son intelligence, l’homme peut se soumettre la nature et faire du déterminisme un instrument de sa libération, en utilisant habilement les lois de la nature pour réaliser ses projets. C’est précisément ce que voulait dire Engels dans ces termes : «La liberté n’est pas dans une indépendance rêvée vis-à-vis des lois de la nature, mais dans leur compréhension et dans la possibilité donnée par là même de les mettre méthodiquement en œuvre, pour des fins déterminées ». En ce sens, on peut affirmer (malgré les dérives de la modernité) que la technique a grandement contribué à libérer l’homme pour le rendre maître et possesseur de la nature, comme le souhaitait Descartes.

     Se libérer signifie qu’une liberté « prête à porter n’existe pas, parce que « la liberté n’est pas une chose qui serait donnée, mais une œuvre qui est à faire » (Brunschvicg), un bien qui s’acquiert dans une lutte contre les nécessités et les contraintes les plus diverses. Elle suppose donc une conquête, un effort, une volonté. Faut-il donc dire que la liberté est facultative ?

     Pour Sartre, la liberté est essentielle à l’homme. En effet, celui-ci n’est jamais condamné à ce qu’il est. Il se fait, il devient, il construit constamment sa personnalité. Son avenir est œuvre de sa liberté. Ainsi, l’existence humaine apparaît avant tout comme une liberté qui s’invente, se projette, se réalise et s’assume. Exister pour l’homme, c’est donc manifester sa liberté. Dans cet esprit, on peut affirmer avec Sartre que « nous sommes condamnés à la liberté ».

     Si philosophie sans liberté est impossible alors la responsabilité devient la marche vers la libération : libération de nos passions, libération de l’état de nature ou «  homo homini lupus » pour parler comme Hobbes. Si l’homme devient un loup pour l’homme, alors nous sommes dans la liberté sauvage où celui qui a autorité est celui qui a force, c’est le «  Bellium omniun contra omnes » c’est-à dire la guerre de tous contre tous , le règne de la lutte pour la vie en anglais « strungle for life » (Darwin)

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